lundi 28 juin 2010

Skinner (suite)

 Voici un extrait de la page 20. J'ai pris l'habitude de coloriser mes personnages, plutôt que de les faire en noir et blanc. Ca me permet de mieux gérer ma colorimétrie et les ombres, ainsi que de trouver les bonnes teintes.
 Le souci est que je fais tout cela avec la teblette souris de mon pc, donc peu pratique et précise, mais je commence à me débrouiller.


création d'un comic book (part 8)

Et voici notre super héros encré :

Le principe de base est, bien sûr, de noircir suivant les points, en gros. Mais, bien sûr, les choses peuvent parfois se compliquer. Beaucoup de dessinateurs se lâchent complètement sur leurs travaux, et il devient parfois ardu de trouver quelles zones encrer, dans quelles proportions, etc. Ainsi, le travail de l'encreur revient autant à noircir les zones ombrées qu'à lier ces zones avec les autres. Ici, on peut remarquer que j'ai fait ce lien (au niveau de la cuisse gauche, notamment) en repassant certaines hachures avec mon feutre, de manière à donner une impression d'éclaircissement.
 Mon travail a également consisté à trouver quelle pointe utiliser : du o.45, du 0.5 et du 1.0 mm ont fait l'affaire.
 J'ai également respecté une règle tacite que l'on retrouve à peu près partout : l'équilibre entre le noir et le blanc. 2/3 de blanc et 1-3 de noir ici, bien que l'inverse soit possible. Les deux couleurs sont opposées, et faire moitié-moitié donne l'impression qu'il y a plus de blanc que de noir, et déséquilibre le dessin.
 J'ai également vectorisé mon dessin afin d'approfondir mon encrage, et de nettoyer ma page.
 A ce stade, elle serait parfaitement publiable : le dessin est fini, l'encrage est bon... Si je la voulais en noir et blanc, je pourrais l'envoyer ainsi à la presse.
 Mais, comme je suis un peu pervers, nous allons y mettre de la couleur : il s'agit donc du passage du manuel à l'informatique, car presque plus personne, dans le monde du comic book, ne colorise ses pages à l'encre.
 Ceux qui le font sont notables : Alex Ross (peinture + numérique), Lynn Varney (coloriste de Franck Miller, notamment sur 300, The Dark Knight, et le futur Xerxes)... Il s'agit essentiellement d'un choix artistique, mais d'autres excellent dans le coloring informatique.

samedi 26 juin 2010

création d'un comic book (part 7)

 Je profite d'un petit moment entre l'ébauche et l'encrage de ma nouvelle page pour continuer un peu le tuto...

 Je parlais, la dernière fois, de la première partie de l'encrage, qui sert un peu de préparation. C'est là que, en tant que dessinateur, vous décidez une bonne fois pour toutes des traits que vous gardez et de ceux qui disparaîtront. Normalement, les étapes précédentes vous ont permit de déterminer véritablement votre style graphique, ainsi que les erreurs que vous auriez pu commettre dans votre dessin.

 A titre d'exemple, trois étapes de travail par Greg Capullo sur la couverture de Spawn #185 (US) :



Ici, la dernière étape d'ébauche, avec une finalisation proche du rendu final. Bien que le style soit évident, il s'agit principalement d'un semi-encrage des traits principaux.


Ici, la phase finalisée, ou presque. C'est, en tout cas, la fin du travail manuel. Tous les traits existent (le "pencil"), et l'encrage à été ajouté (ici, par Todd McFarlane). On remarque encore les zones plus claires dues au pinceau à encre de Chine.



Enfin, le coloring (par Jin Han). La connaissance parfaite qui existe entre McFarlane et Capullo, en particulier, permet au premier de parfaitement encrer le travail du second, sans en dénaturer le travail, ce qui arrive hélas sur certains comics. Le dessinateur supervise aussi largement la phase de coloring, en assurant à la fois le bon suivi chromatique et le respect des "densités" ou des reliefs du dessin.

 Bref... Voici notre Superman, après le premier travail d'encrage :

Les zones évidées au sein du dessin seront évidemment en noir. L'idée reste, quand même, d'économiser un peu d'encre. Mais, globalement, le dessin est terminé : je pourrais parfaitement m'en désolidariser pour le passer à quelqu'un d'autre, qui en ferait l'encrage et le coloring. Prochaine étape, du coup, l'encrage. Remplir les noirs, chercher à "habiller" l'image, etc...

mardi 22 juin 2010

création d'un comic book

Petit rattrapage...

 Il semble que la notion de Prelim varie suivant le dessinateur, les étapes ou son style.
 En effet, certains font des ébauches plutôt bien travaillées, au crayon et au feutre, assez proches du résultat final.
 En outre, j'ai dit plus haut que l'utilisation du cello se généralisait pour les différentes phases d'encrage, mais sans rapeller que, auparavant - et certains dessinateurs le font toujours - le crayonné se faisait au crayon d'animation bleu, facile à gommer et qui ne se voit pas au scanner.
 Je ne connais pas les proportions d'artistes utilisant un style ou l'autre, et ne m'avancerai donc pas dessus. Mais, au moins, vous savez que les deux options sont possibles.Mais il est évident que chacun fait comme il le veut : il n'y a pas de règle fixe en la matière, seul le résultat compte.

création d'un comic book (part 6)

Bien... Etape suivante, ce que l'on appelle le "Prelim", ou préliminaire.
Chez les professionnels, il existe une règle de base : quand le rough est fait, on n'y touche plus. Si vous avez ce qu'il faut, vous pouvez encadrer votre dessin au crayon et le mettre au mur, car on ne s'en servira plus que comme base.
Je vous explique : tout le monde sait que le crayon c'est crade. Ca laisse des traces, ça en fait si on a le malheur de poser le doigt dessus, ça en fait quand on gomme, etc. Une vraie saloperie, quoi.

 De fait, les professionnels utilisent depuis maintenant quelques années ce que l'on appelle un "cello", directement hérité du film d'animation. il s'agit d'une feuille de celluloïde, un transparent, que l'on va poser sur le rough pour l'encrage. Ainsi, il n'y a aucune trace et on peut travailler calmement sur une surface pas trop désagréable.
 Mieux, si on se plante dans l'encrage, on n'est pas obligé de demander au dessinateur de tout refaire. La fête.
 Sauf que les trensparents coûtent une fortune. Personnellement, je contourne l'obstacle en photocopiant mes roughs. Les traits apparaissent juste assez pour pouvoir passer dessus, et je n'ai pas de souci une fois scanné.
 Bref. Le Prelim en lui même n'est pas encore l'encrage. Il ne s'agit que de repasser à l'encre les traits que vous avez faits au crayon. Une tâche ardue, croyez-moi, et lente, et minutieuse. Ce sont le plus souvent les dessinateurs eux-mêmes qui s'occupent de cette tâche, mais pas nécessairement. Ceci dit, si un autre le fait, cela demande une excellente connaissance du style du dessinateur, et un dialogue ininterrompu entre les deux. Beaucoup de dessinateurs sont bien plus brouillons que moi dans leurs roughs, et les encreurs les remercient de ne pas avoir à préparer leurs prelims.

 Autant que possible, toute la phase d'encrage, Prelim inclus, se fait à l'encre de Chine. Mais les scanners et les logiciels récents rendent parfaitement avec une encre basique. Vous pouvez donc utiliser des Rotring, un Pilot V5, ou n'importe quoi d'autre. C'est vous qui choisissez. Pour ma part, je travaille avec des stylos d'architecte Micron Pigma, bien moins chers que les Rotring (environ 15€ la boîte de 6).
 Certains dessinateurs n'utilisent qu'une taille de stylo, mais la majorité en utilisent plusieurs. Vous faites comme vous le sentez.
 D'une manière générale, j'utilise un 0.3 ou un 0.35mm pour le contour des persos, un 0.25 pour les gros détails et un 0.2 pour les plus fins, comme les hachures. L'important est d'être précis.




  Vous pouvez également utiliser des stylos d'autres couleurs. Il est de plus en plus courant de voir des dessinateurs finalement donner à leurs traits une tonalité proche de celle de la couleur de l'objet ou du personnage et, dans ce cas, le mieux est d'utiliser un stylo rouge, qui vous permettra de changer de couleur une fois sur ordinateur.
 Donc, pour commencer le Prelim, assurez-vous d'être au calme, à l'aise. Et il est possible que vous sentiez de l'énervement au bout d'un moment. Dans ces cas là je me fais un café et je fume une cigarette. Mais chacun fait comme il veut.

création d'un comic book (part 5)

Donc, voila ce que donne mon "rough" :



Il est évident que c'est loin d'être fini, mais ça prend forme. J'ai fait mon dessin à l'aide d'un crayon Rotring VisuPencil de 0.5 d'épaisseur, ce qui complique un peu la création de certains détails.
 Ceci dit, l'esprit est là.
 On peut donc voir ça plus en détail.
 Je n'ais pas trop travaillé le visage de Superman : dessin trop petit, mine trop grande, ça ne collait pas. Vous devrez vous habituer à ce genre de frustrations, ou à bosser au point par point. Les sections ombrées de son costume sont délimitées par les hachures, que l'on retrouvera une fois l'encrage fini. Elles apportent du relief et un ombrage satisfaisant au niveau du dessin, sans avoir à stresser. Bien sûr, un simple démarquage comme celui des bottes peut largement suffir.
 J'ai également fait ressortir la musculature du personnage de cette manière. Dans la réalité, ils se verraient à peine et se travailleraient au coloring, mais il est important qu'un super héros ait droit à la meilleure musculature possible. Ses côtes et sa cage thoracique ressortent aussi.
 Comme je l'ai expliqué plus tôt, les super héros représentent un peu les dieux de la Grèce Antique. De fait, ils ont un peu les mêmes proportions. Oubliez les idées préconçues qui disent que la tête du héros ou du méchant doit être un peu plus petite. Ca ne fonctionne que dans certains cas pour faire ressortir une musculature disproportionnée. En revanche, vous pouvez diminuer un peu la tailledu cou, ou le rendre plus épais, sans éxagération.
 La cape n'est que peu détaillée. Comme il s'agit d'une posture fixe, vous pouvez en faire ce que vous voulez, et l'oublier un peu. inutile de passer trois heures sur un détail dont l'importance n'est que relative. Ceci dit, en prévision de toute la zone noire qui sera ajoutée ultérieurement, j'ai opéré un léger détourage dans la zone droite du costume de Superman.
 La gargouille n'a pas été très travaillée, de même que le mur. Je reviendrai plus tard sur les décors.
 Passons donc à Lois Lane. Chaque visage est travaillé et recherché, en comic book, car chaque morphologie représente une psychologie particulière.
 J'ai donc fait ma Lois avec un visage rond, au joues marquées et au nez légèrement retroussé, ce qui lui donne un air de jeune fille un brin mutine. Les yeux en forme d'amande représentent habituellement une certaine acuité ainsi que la sensualité, et le front très haut une grande intelligence. Je lui ais cependant donné une coupe de cheveux assez élaborée, stylée années 1950 qui marque le sérieux professionnel du personnage. Si j'avais du la dessiner en entier, je lui aurais sans doute fait un tailleur strict.
 Surtout, je n'ai pas texturé le visage, afin de lui conserver son aspect doux. Les hachures qui apparaissent sur son menton sont une mauvaise idée, qui disparaîtra à l'encrage (mais que je garderai sans doute pour la couv' de ma bd).

 A noter : il y a autant de styles que de dessinateurs. Vous pouvez, selon vos appréciations, vous inspirer de l'un ou de l'autre, ou pas. En toute honnêteté, j'ai passé des années à recopier des dessins de Adam Hugues, de Jim Lee, Phil Gimenez ou Greg Capullo. Il s'agit d'un bon moyen pour acquérir quelques reflexes et mieux se rendre compte du travail de ces grands dessinateurs. Chacun ayant des méthodes différentes, on fini par se trouver la sienne sans avoir l'air de trop pomper. Avec le temps, le style vient (regardez l'évolution entre les premières pages de ma bd et les dernières, et vous verrez). Autre chose : comme je l'ai dit, tous les dessinateurs ont leus préférences dans ce qu'ils dessinent. Dans mon cas, j'adore les vues de 3/4 avec de longs horizons, fan de cinéma oblige. Mais il n'est pas rare que même eux se servent de photos comme base de travail. Tant que vous ne le faites pas à chaque dessin et qu'il ne s'agit pas simplement d'un copié-collé, ça va. Sinon, faites un roman-photo. :D

La création d'un comic book (part 4)

 Une fois que tous les brouillons de vos pages sont faits et que vous êtes contents de ce que ça va donner, vous pouvez vous y mettre.

 Qu'on ne s'y trompe pas : le dessin se fait toujours majoritairement à la main, sur une table à dessin. Chez les pros (et ceux qui ont les moyens), la table est équipée comme il faut : des pinces pour la page, une règle coulissante, un cendrier et un porte-gobelet pour le café (je plaisante, mais ce serait cool pour moi).
 Dans la plupart des cas, les dessinateurs travaillent sur du format A3 ou du double format A3 (il arrive qu'ils utilisent une double page pour une action), ou à peu près.
 Moi je travaille soit sur du A4 rogné, soit sur des feuilles volantes ce qui me permet de dessiner une vignette au double ou au triple de sa taille finale, afin de mieux la détailler. Mais ça n'a pas que des avantages, notamment au niveau du scanner.
 En outre, la page est toujours annotée avec : le numéro de l'album, son titre, le numéro de la page, le nom du  dessinateur, celui de l'éditeur, etc... L'idée est de ne pas se planter plus tard.

 Et, là, c'est le moment de vous défoncer. Si les professionnels travaillent vite, vous pouvez prendre le temps que vous voulez. Le crayonné d'une page me prend généralement huit à dix heures, à titre d'exemple.

 Mais le dessin ne se fait pas tout seul, et beaucoup de gens ont leurs bêtes noires : les yeux, les mains... Dans mon cas, ce sont les pieds et les chaussures.
 Mais vous pouvez trouver des astuces pour vous en sortir tout de même.

 A titre d'exemple, manière de commencer votre dessin, Consiste à mettre en valeur les points d'articulation de vos personnages et en dessinant leurs visages à partir d'un simple oval. Je ne suis pas très fan de ces techniques, bien qu'il m'arrive parfois d'utiliser la première. Mais je commence généralement le dessin d'un personnage par ses yeux. Leur orientation et leur positionnement déterminent à la fois la position finale du personnage ainsi que l'angle général du décor de la vignette.
 Cependant, n'oubliez pas que la première chose qui prime est la réalité anatomique. Vous pouvez parfaitement boursoufler vos personnages avec leurs propres muscles, mais à condition de leur adjoindre d'autres personnages plus normaux.

 Mais, quelques éléments de base : autant que possible, affinez vos traits, ce sera important pour l'encrage. Gommez les imperfections, etc... Et ne remplissez pas les zones noires. Un grand espace blanc avec au centre la simple mention "Nr" ou "Bl" suffit. Et n'oubliez aucun trait. Votre dessin doit être aussi précis que possible.
 Comme je l'ai déjà dit, le dessinateur et l'encreur ne sont que rarement la même personne. Or, le second travaille sur le dessin : il ne créée pas et ne peut imaginer ce que le dessinateur avait en tête.

 L'important, aussi, est de ne pas oublier les détails : ce sont eux qui feront votre dessin qui, basiquement, se résumera à une forme pleine de détails. Egalement, une notion basique dans le monde du comic book : les hommes et les femmes ne se dessinent pas de la même manière.
 En effet, vous pouvez rajouter autant de rides que vous le souhaitez sur vos personnages masculins, autant de détails sur leur peau, etc... que vous le voulez. Mais la peau des femmes reste, autant que possible, lisse. Les traits des hommes sont aigus, hachés, et vous pouvez vous lâchez sur les angles - ça ajoute de la virilité - mais les femmes sont toutes en courbes. et, si les muscles des hommes sont généralement clairement dessinés, ceux des femmes ne sont que suggérés.

La création d'un comic book (part 3)

 Bien... Passons un peu au côté pratique de la chose.

 Qu'on le veuille ou non, outre l'étape du scénario (qui fera sans doute l'objet d'un autre tuto), le première étape graphique d'un comic book se fait avec un crayon et du papier.
 Le premier brouillon n'est là que pour préparer la mise en page et agencer autant les actions que les dialogues. Il serait stupide, à l'issue des 22 ou 24 pages, de se rendre compte qu'on a oublié une ou deux vignettes...

 Pour mieux voir, imaginons une vignette d'un épisode de Superman. Ne cherchons pas trop, le style du personnage est déjà tellement défini que tout va aller avec facilité. On ne travaille pas le personnage, on ne cherche pas à rendre le dessin beau ou stylé.
 Et ça se fait sur le format de base des comics, soit 17x27cm. Plus facile pour se rendre compte de la taille de sa page.
 Normalement, cette étape ne prend pas plus de trois minutes par vignette... Mais faites attention à laisser de la place entre deux vignettes, à penser aux bulles de dialogues, etc...
 Ce n'est pas obligatoirement le dessinateur final qui s'occupe de cette tâche ; n'importe qui peut le faire. Sur la série Haunt, par exemple, Greg Capullo se charge des brouillons que Ryan Ottley transformera en dessin. Il faut savoir que, outre Haunt, chacun des intervenants travaille sur une ou plusieurs autres séries. Ryan Ottley dessine sa propre série : Invicible. Robert kirkman, scénariste, travaille sur Savage Dragon (qu'il écrit et dessine) en plus d'écrire Haunt et Invincible. Todd McFarlane encre Haunt, Spawn (qu'il co-écrit) et encre également Image United, etc... Beaucoup de boulot, donc.
 Mais, si vous n'avez qu'une seule série en cours (la bonne blague), vous pouvez le faire tout seul. Moi je demande à mon chat, et c'est pas génial.

 Bref, mon idée donne ça, en brouillon :



Ah, je vous avais dit que c'était moche, hein. Si vous arrivez à un résultat meilleur que celui là, c'est que vous avez perdu du temps (ou alors que vous êtes un génie incapable de faire du mauvais, ce qui est cool aussi). L'important est que vous compreniez le sens de votre brouillon.
  Une autre précision importante : le dessinateur à aussi son mot à dire. Chacun a ses aptitudes, les trucs qu'il peut ou non dessiner, ce qu'il aime ou non dessiner, ou ses propres idées. Il peut donc influer sur le scénariste autant que sur le brouillon, etc. Mais pas trop non plus : une bd signifie qu'il y a une trame générale, et qu'il faut donc s'y tenir.

 Bref, passons à la suite.

La création d'un comic book (part 2)



Superman par Jack Kirby - couleurs par Steve Rudko. Bien que datant d'avant sa période Marvel, on reconnait le style plus "racé" du nouveau comic book.

 Les artistes, dès les années 60, disparaissent totalement derrière leurs oeuvres. Les créations ne leur appartiennent pas, mais dépendent du groupe. Leurs dessins sont estampillés Marvel ou DC, conservés dans ces gigantesques usines à pointage que deviennent les éditeurs de comics. Pire, ils sont payés à la page, et doivent parfois travailler sur deux ou trois séries en même temps pour pouvoir vivre. Les syndicats sont interdits, celui qui râle est renvoyé - ou moins bien payé. C'est sans doute ce qui fait que Lee, Kirby et Steve Ditko créèrent les dizaines de personnages et séries qu'on leur reconnaît (bien que cette notion fasse encore débat).
 Les choses ne bougeront plus durant une bonne trentaine d'années.
 Des centaines d'artistes passent par Marvel ou Dc, dont certains parviendront à se faire un nom en devenant indépendants. Des gens comme Franck Miller, John Romita (Sr et Jr), Todd McFarlane, etc...

 Le nouveau schisme viendra d'eux : passionnés de dessin et de comics avant tout, ils se laissent un temps enfermer dans ces énormes rouleaux compresseurs (qui rachètent les quelques publications indépendantes qui sortent, comme Vertigo et autres), le temps d'imposer leur propre style et d'apprendre.
 C'est ainsi que Franck Miller dessinera un temps DareDevil et X-Men chez Marvel avant de rejoindre DC pour un coup d'éclat avant de claquer la porte : The Dark Knight.
 Il y reviendra cependant en dans les années 90 et 2000 avec une position de "guest star" pour dessiner ou scénariser notamment les séries "All Star Batman et Robin" (qu'il écrit, le dessin étant, excusez du peu, de Jim Lee), ou pour faire des couvertures. On le verra donc sur des Jurassic Park (Vertigo-Dc Comics), par exemple.
 Mais sa rancoeur est toujours présente, comme en atteste l'édito qu'il écrivait en 1992 sur le premier album de Spawn, conçu, édité et dessiné par Todd McFarlane, ancien de Marvel.

 Justement, le style graphique change grâce à McFarlane. Finis, ces styles "sages" encore présents dans les années 1980. Mc Farlane torture et déchire ses personnages, autant graphiquement que scénaristiquement. Il fera de SpiderMan un personnage ultra-violent, à la limite du morbide, jusqu'à créer Venom.
 Avec McFarlane et la nouvelle génération qui l'accompagne - Greg Capullo, Marc Silvestri, Phil Gimenez... -  on quitte la bd pour entrer dans un style plus ouvertement graphique, lorgnant presque du côté du cinéma.
Venom par Todd McFarlane

 Marvel n'aime pas ce nouveau style, et pousse McFarlane vers la sortie... Il part donc, accompagné de beaucoup de ses amis et, avec eux, fonde Image Comics. Hélas pour Marvel, le public aime ce nouveau style de héros sombres, ce nouveau style graphique ultra détaillé et... Spawn devient en seulement deux numéris numéro 1 des ventes de comics, tous styles confondus. Outre un lectorat de fan de plus en plus large, McFarlane se fait de plus en plus d'amis "haut placés" dans le métier. Ainsi, Franck Miller écrira plusieurs épisodes du héros maudit - et dessinera sa rencontre avec Batman, un première! - et Alan Moore, le géant de V pour Vendetta, Little Girls ou Watchmen, écrira aussi un arc complet de six épisodes. Macfarlane a le respect de tous, et prouve que les temps changent. Il laisse Marc Silvestri créer Top Cow Comics au sein de Image, et toutes les publications du groupe grandissant sont des succès planétaires, comme The darkness ou Witchblade.

Une image de Spawn #195 dessinée et encrée par Todd McFarlane.

  Outre l'évidence du changement de style, un autre élément vient donner un coup de pied dans la fourmilière : l'ordinateur. Ils sont de moins en moins chers, les logiciels aussi, et les moyens de mettre sur pied un comic book se multiplient. Ainsi, si McFarlane écrit, dessine, encre et colorise le premier numéro de Spawn, il laisse rapidement d'autres artistes prendre leur tour. Les dessinateurs sont tour à tour encreures, coloristes ou dessinateurs, généralement le temps de créer leur propre série, s'ils le souhaitent.
 Chez Image Comics, le copyright appartient au créateur, le dessin au dessinateur, etc... Ils sont syndiqués, possèdent souvent des parts dans la société... L'inverse de Marvel ou DC, quoi. Et ça fonctionne.
 Un nouveau style de création des comic books, donc, qui laisse la porte ouverte aux créateurs plus qu'aux financiers.

 Et le futur?
 Qui peut le dire...? Spawn atteint bientôt sont 200ème numéro sans changer sa ligne éditoriale - malgré une baisse de popularité sur quelques numéros - Marvel et DC multiplient leurs publications, motivés par les récents succès au Box-Office de leurs adaptations... Ceci en un temps record. On voit fleurir de plus en plus de comics directement illustrés sur ordinateur, parfois en images de synthèses... Par chance, beaucoup d'artistes continuent leur travaille à la main, avec un bon vieux Rötring. Pas forcément un genre de bd à deux vitesses mais, ce qui est certain, c'est que beaucoup de changement viendront encore, pour le meilleur ou pour le pire.

La création d'un comic book (part 1)

 Hop! Comme promis, je profite de ce merveilleux instant où je me réveille et où je me rends compte que je devrais commencer le coloring de ma nouvelle page pour me lancer dans ce tutoriel. Je ne sais pas encore s'il sera long ou pas, mais je vais essayer de vous expliquer un peu pourquoi le comic book est un genre à part dans la bd mondiale, comment il l'est devenu, et comment on y arrive.

 Outre l'aspet historique, je vais essayer de vous montrer comment on réalise un dessin de comic, les manies du genre, les trucs à éviter, et comment font les pros dont je ne suis pas.

 Pour ce faire, nous allons utiliser l'un des personnages les plus emblématiques du comic book mondial : Superman.

Superman, par Alex Ross.

Avant tout, je rapelle que Superman est une création de Jerry Siegel et Joe Shuster publiée par DC Comics.

 Commençons par l'histoire du comic book.
 Si certaines de ses grandes icônes sont apparues dès les années 1930, les comics sont apparus dès la fin du XIXème siècle. Le terme "comic" a, d'ailleurs, réellement la connotation "comique" qu'on lui prête.
 Directement issus des "comics strips" qui paraissaient dans la presse de l'époque, il s'agissait d'histoires plus larges racontées sur un nombre de pages limitées (une vingtaine), publiées dans des revues un peu bas de gamme. On considérait à l'époque que la bande dessinée était un style pour enfants, et cette notion est restée pendant très longtemps.
 Dès la fin des années 1920, avec des publications comme Detective Comics, on voit apparaître quelques super-héros - dont Superman ou Batman - dont le but premier est de faire rêver les enfants.
 Publiées sur un papier-pelure de moyenne qualités et rapidement travaillées, ces bandes se veulent un apprentissage moral pour les enfants.

 

Superman par Joe Shuster, dans Action Comics #1, en 1932

Le succès aidant - Superman plaira rapidement autant aux enfants qu'aux adultes - plusieurs compagnies verront le jour dans les années 1950. Les deux principales, DC Comics (un rapprochement entre Action Comics et Detective Comics) et Marvel naîtront réellement dans cette période que l'on appelle l'Age d'Or.
 Si Marvel s'efforce de créer des héros plus ou moins directement issus de la mythologie Grecque et plaît au puritanisme Américain ambiant, DC commence à tracer les grandes lignes de ce que deviendra le comic book dix ans plus tard : ils sont démocrates (on verra, en 1961, Superman et Kennedy se serrer la main), plus sombres (Batman et sa schysophrénie affichée) et, surtout, proposent un message particulier à leurs lecteurs : en pleine Guerre Froide, il n'est pas rare de voir Superman s'afficher auprès d'alliés Russes apolitiques, luttant ainsi contre un racisme politique et économique. Après tout, lui aussi est un étranger sur notre planète.

 Graphiquement, le style change aussi. Il pert un peu de son côté "bd bébé" caricatural. Désormais, on recherche autant l'esthétique que la fluidité. Les dessinateurs ne sont plus là en dilettante : ils sont employés à temps plein, et sont généralement issus de grandes écoles d'arts graphiques. Outre un contrepied évident au style "ligne claire" initié en Europe par Hergé ou E.P. jacobs, il est aussi question de détail. On rattrape par le trait ce que l'imprimerie de l'époque perd en couleur. Pour la première fois, on travaille aussi à plusieurs sur une page : un dessinateur, un coloriste et un lettreur oeuvrent pour publier 25 pages de grande qualité toutes les deux semaines.

 Il y a du bon et du moins bon, voire carrément du mauvais, dans cette période. Mais un nouveau changement se profile dès les années 60, avec l'arrivée de l'un des duos les plus célèbres du comic book : Stan Lee et Jack Kirby. A eux deux, ils sont les créateurs des trois quarts de l'écurie Marvel.
 C'est là que naîtront les X-Men, le Silver Surfer, Spiderman, etc... Enfin, Marvel se lance dans des histoires un peu plus sombres.
 Aussi, on voit les premiers cross-overs de l'histoire, une bonne chose issue d'une mauvaise.
 Car la rupture la plus complète avec le passé est celle-ci : le comic book devient une véritable mane financière, une poule aux oeufs d'or. Pas cher à l'achat, des millions d'albums sont vendus chaque semaine.
 Et ce sont les artistes qui en paient le prix.


dimanche 20 juin 2010

Skinner (suite)


Comme ça fait quelques temps que je n'ai plus rien posté, voila une moitié de la page 19 encrée. J'avoue que je m'amuse avec ma pin up, finalement bien moins défigurée que je ne l'avais prévu à l'origine.

 Je me lancerai aussi, dans quelques temps, dans un tuto sur la création professionnelle d'une vignette de comic book. Bizarrement, il y en a plein le net pour les mangas, mais pas pour les comics. Une manière de voir les dizaines d'options qui s'offrent à chaque étape pour les dessinateurs, encreurs, coloristes ou lettreurs.
 En attendant, amusez-vous bien avec ma Barbie, bande de petits cochons.

vendredi 4 juin 2010

The Skinner (suite)


 La première vignette (qui prend la moitié de la place) de la page 16 - eh oui, seulement.
 Un léger changement dans le traitement graphique : les dessins son vectorisés sur Illustrator, et je me mets enfin à Potoshop pour les couleurs.
 Je ne les ais pas trop lissées, quand même, pour continuer à peu près dans la lignée des pages précédentes. On verra les grosses améliorations dans l'épisode 2 ou pour la couverture.
 En attendant, le personnage pas encore colorisé est un Inquisiteur nommé Reaper, et le "villain" de la bd. Il porte le même style de cape que les gardes prétoriens de la Rome antique, et sa tenue est inspirée du kimono des pratiquants de kendo. Le boutonnage de côté rappelle la tenue des gradés nazis, et son grade (commandant) est symbolisé par les dessins sur son casque. Tout pour en faire un type sympathique, quoi.
 Sinon, pour ceux que ça intéresse, l'hélicoptère est un Sikorsky HH-60 SeaHawk des U.S. Coast Guards modifié : j'ai rajouté un système de circuits d'alimentation sur le toit et un réservoir sur le flanc. Je l'ai aussi dépouillé de la vitre de pied qui normalement se trouve sur le côté du nez, pour lui donner un air un peu plus massif. En en trouvera d'autres versions, militarisées, dans la bd.
 A bientôt... :)