jeudi 29 avril 2010

The Skinner (suite)

Hop! Pages 6 et 7...
 Sans dialogues, mais avec, pour la première fois, la tronche de Skinner. Il est pas meugnon? :D



dimanche 25 avril 2010

vendredi 23 avril 2010

The Skinner (suite)

Hop! Page 4 du Skinner...
 Mon appréhension des lumières  et des ombrages s'affine, je commence à être à peu près fier de moi. :)


samedi 17 avril 2010

The Skinner

 Comme promis, voici les trois premières pages du petit projet sur lequel je bosse à temps perdu en ce moment. Bon, ce n'est pas du Jim Lee ni du Greg Capullo, mais j'essaie de faire pour le mieux (en essayant aussi de passer moins de trois jours par vignette). Le plus dur, pour moi, étant la mise en "couleurs".
 Ca s'appelle pour l'instant "The Skinner", à voir si le titre évolue ou pas.
 La suite arrive bientôt...




jeudi 15 avril 2010

Ebauche

 En "exclu", une petite ébauche du projet sur lequel je travaille en ce moment, et dont vous pourrez profiter dans les prochains jours.
 J'aime bien ce type de pose un peu "Spidey", à la fois dynamique et esthétique.

dimanche 11 avril 2010

Who to Train your Dragon

 Juste comme ça, et parce que j'ai été voir le film cet après-midi (et que je l'ai adoré), un (tout) petit fan-art de Dragons...

Vie Sociale

samedi 10 avril 2010

La Seconde Renaissance

Celle-ci date de février 2006... Et c'était un essai. Je venais de finir l'intégrale de H.P. Lovecraft, et son style m'avait beaucoup plu... Je commençais donc à le lire en anglais, tout en écrivant cette petite nouvelle qui, donc, a été la première que j'ai écrite dans ce style (ce qui explique aussi la longueur de certaines phrases et le style plutôt ampoulé).
 Désolé s'il reste quelques fautes de frappe...






LA SECONDE RENAISSANCE


   Je sais, à présent, ce qu’est l’horreur. Cette chose, innommable et glacée, qui hante les souterrains lugubres de la terre et de notre inconscient.
   Plus jamais je ne fermerai les yeux.

   J’ai toujours été attiré par le surnaturel, ou ce que les gens prennent pour, et je sus très tôt que chaque village abritait jalousement ses macabres légendes.
 Lorsque nous décidâmes, mon ami Karl Derry et moi-même, de nous rendre au village de Old Tribes, c’était en pleine connaissance de cause. Selon un obscur et persistant mythe, l’endroit semblait, tous les ans, vingt-quatre heures durant, réveiller les abominations damnées qui y dormaient.
 Durant ces vingt-quatre heures, toute vie semblait disparaître.
 Nous appelâmes diverses autorités du village pour, à chaque fois, entendre la même réponse, dont une solide habitude commerçante cachait mal la terreur sourde : « il n’y a rien d’anormal dans notre village, Monsieur. »
 Il se passait, en réalité, quelque chose ; les gens avaient peur, et ce simple fait suffisait à nous chauffer le sang et à nous exciter.
 Nous décidâmes donc de nous y rendre. Nos recherches, étalées sur tout le comté, avaient bien avancées, et la date prévue pour nos expériences approchait.
 Nous partîmes rapidement, prenant comme affaires le maximum que pourrait supporter la vieille Renault Onze de Karl, sachant que nous pourrions trouver le reste sur place. Nos recherches indiquaient que plusieurs personnes, sur les quinze ou vingt années précédentes, avaient eu à souffrir, de près ou de loin, de la « malédiction » d'Old Tribes, et nous pensions que ce phénomène avait dû finir par être monté en épingle par les habitants superstitieux.
 
   Les trains ne desservent qu’en été, période touristique, le village. Le reste du temps, la voie ferrée et la petite gare se recouvrent d’herbes folles et de racines aux formes squelettiques.
 Il neigeait, lorsque nous atteignîmes, non sans nous être perdus, Old Tribes. Nous vîmes que ce paysage ressemblait aux collines d’Irlande, avec sa lande rouillée, et ce marais d’où s’échappaient de petits arbres rabougris, tels des mains priant les Cieux. Les eaux morbides de ces marais exhalaient une âpre odeur de putréfaction, ainsi que des vapeurs sombres, montant en arabesques souples vers les nuages.
 Une pierre dressée, comme l’un de ces petits menhirs bretons, indiquait l’entrée de ce village qui n’en était pas vraiment un. Il s’agissait, en effet, d’un hameau construit là par des notables du XVIème siècle. C’est à cette époque que remontaient nos premières archives. De fait, plusieurs petites habitations avaient été ajoutées là jusqu’au XXème siècle. Elles s’accrochaient, pauvres, aux demeures gothiques qui couraient sur trois rues pavées, se rejoignant à l’église, l’une des plus belles et majestueuses que je vis.
 La route nationale sinuait à travers le marais et la lande, jusqu’aux villes et villages alentours, dont le premier était à plus de trente lieues. Nous pouvions entendre le reflux sourd de l’océan, qui venait se briser sur les falaises abruptes, de l’autre côté.

   Les gens du comté ne sont pas parmi les plus accueillants ; bourrus et incultes, le regard barbare. Ainsi, ce fut par un grognement presque animal que nous accueilli le patron de l’unique hôtel du village. C’était une immense bâtisse, gothique comme les autres, qui semblait, par bien des aspects, isolée au moyen-âge. La mention « satisfaire les vacanciers » était inscrite sur un panneau de bois au-dessus de la réception, et pendait lamentablement.
 Mais nous n’étions pas des vacanciers, et cela se voyait ; la Renault Onze de Karl débordait d’instruments scientifiques, de moniteurs et de divers objets que ce brave homme ne connaissait sans doute pas.
 - Nous nous sommes égarés, lui mentis-je comme il regardait d’un air soupçonneux notre chargement.
 Nous finîmes par avoir nos chambres, et y montâmes le matériel.
 Karl était exténué et, alors que la nuit tombait, il décida de s’isoler pour faire un somme.
 Il était l‘un des hommes les plus forts et robustes que j’ai connus. Immense, avec ses cheveux blonds coupés en brosse, sa tête semblait soutenue par un cou et des épaules qu’on aurait dis empruntés au Minotaure des mythologies antiques. Il était pourtant d’une grâce infinie, le regard vif et l’intelligence aiguisée.

   Laissant mon ami dormir, je redescendis au bar de l’hôtel, en vue de commander un cognac. Je n’avais rien bu de la journée, et la tête commençait à me tourner. L’alcool m’aidait à garder les idées claires. J’en avais besoin, que ce fut ou non une faiblesse. Karl me voyait comme un malade et, bien qu’il n’en parlât jamais, je savais qu’il voulait m’aider. C’était ainsi depuis le départ de ma femme, dont je gardais l’alliance au doigt, comme pour un deuil infini.
 Ce fut la fille du patron, une belle jeune femme nommée Marie, qui me servit.
 Je lui dis qui j’étais, ce que je faisais. Je lui racontai que je connaissais le monde, que je l’avais arpenté.

   Ses grands yeux me suppliaient de l’emmener, de la libérer.
 Nous discutâmes finalement longuement, et elle éluda soigneusement toutes les questions que je pus lui poser au sujet de son village. Elle était d’une intelligence fine, et je la fis rire. Je pense même être parvenu à la faire rêver, juste un peu.
 A la fin, et alors que nous avions tous deux bu plus que de raison, elle m’accompagna jusqu’à ma chambre, au quatrième étage. Je l’invitai à entrer.
 Nous fîmes l’amour et, Seigneur!, je crus revivre. Je voyais son visage, ses yeux, et elle m’aimait!
 Qu’étais-je pour elle? Que vit-elle en moi? Encore aujourd’hui, je ne le sais pas.
 Nous nous endormîmes bientôt, l’un contre l’autre, plus ivres de l’amour que nous avions fait que de l’alcool.
 Pour la première fois, je laissai mon alliance glisser de mon doigt, et tomber sur le parquet abîmé, et sa résonance fut comme une libération.

   Je ne sais quelle heure il était, lorsque Karl, par ses cris, m’éveilla ; il faisait encore nuit. Je me levai d’un bond, et couru jusqu’à sa chambre, qui était en face de la mienne et donnait sur la lande enneigée.
 Je le trouvai à demi-nu, sautillant devant la fenêtre, s’arrêtant parfois pour prendre des photos à l’aide de son vieux Minolta. La lumière était éteinte, mais il me semblait y voir comme en plein jour.
 - Regarde, s’écriait-il, excité. Approche. C’est magnifique!
 Je m’avançai et vis.
 Par un terrifiant prodige, la neige sur la lande avait fondu, bien que les flocons tombassent toujours.
 Le marais tout entier luisait d’une lueur bleutée, les arbres morts et les racines noueuses brillant d’un éclat laiteux.
 Bientôt, je remarquai que l’onde sale d’où provenait cette magie semblait palpiter, telle un cœur, à intervalles réguliers.
 J’avais l’impression de contempler la poitrine vibrante d’un monstre aux proportions inhumaines, comme ces Géants qui peuplent aujourd’hui les livres religieux et les mythes.
Nous passâmes la nuit à photographier, analyser, filmer et dessiner l’étrange phénomène, sans en percer la signification.
 La lumière disparut finalement peu avant l’aube grise, mais nous ne retournâmes pas nous coucher.
 Nous n’avions plus sommeil.

   Lorsque je retournai dans ma chambre pour m’y habiller, je constatai que le lit était vide. Quand Marie avait-elle quitté la pièce? Etait-ce durant mon sommeil, ou bien après, tandis que j’examinais avec Karl la lande étrange? Je n’en savais rien, et un sentiment d’abandon m’envahit. Une boule vint grossir dans mon ventre, et mon cœur, saisi d’une sourde panique, se mit à battre plus fort. Après l’espoir de ses regards, de ses caresses et de ses mots, j’étais à nouveau seul.
 Sans pouvoir dire pourquoi, je me sentais trahi, malheureux.
 Je m’habillai finalement, et descendis au bar. Il fallait que je boive quelque chose.
 Elle y était, aussi fraîche et belle que la veille lorsqu’elle m’avait accueilli. Mais son regard avait changé. Plus sombre, la peur semblait s’être ajoutée à la tristesse, et l’amour en avait disparu. Elle me vit et, sur le même ton neutre et traînant que la première fois, me demanda si je souhaitais un café. Je répondis par l’affirmative, et m’assis au bar, devant elle.
 Elle me servit, sans un regard ni un mot, avant de disparaître dans le local de service. Je me sentais désemparé, ne sachant que lui dire, ne sachant que faire.
 Elle revint bientôt, et je vis que quelque chose avait changé en elle, comme une indéfinissable transformation physique, que je me hâtai d’oublier, car mon cœur se mit à cogner, plus fort que jamais.
 Elle s’approcha de moi, et je sentis son souffle sur ma joue, comme le baiser d’une brise tiède et délicate.
 - Ne sortez pas aujourd’hui, murmura-t-elle à mon oreille. Ca a commencé.
 Je la regardai, sans comprendre, le souffle coupé, mais elle retourna à ses affaires et je ne la revis plus.
 Bien que ce que m’avait dit Marie me comblait d’effroi, et me sentant par avance ridicule, je confiai cette phrase à Karl. Il rit, puis haussa ses massives épaules. Il avait prévu de partir étudier le marais et la lande alentour, et ne souhaitait pas s’embarrasser de mes peurs superstitieuses.
 Je ne lui dis rien au sujet de mon aventure avec la jeune femme, et l’aidai à préparer le matériel dont nous aurions besoin. Tous les commerces du village étaient fermés sans explication, et les gens se tapissaient derrière les vitres sales, terrifiés. Nous prîmes un petit déjeuner copieux, servi par le patron, et partîmes vers les dix heures, laissant la Renault où elle était.
 La lande était calme, et ce silence n’était rompu que par le bruit assourdi des flots bouillonnants contre les falaises.

   Armés de notre équipement scientifique, nous arrivâmes au bord du marais, crasseux et puant, dont l’eau noire nous renvoyait nos images déformées. Karl était enjoué, transporté par ce que nous avions vu la nuit précédente. De mon côté, je sentais mon esprit paralysé entre la raison et une indicible terreur, sans pouvoir en expliquer la raison.
 Karl regarda machinalement sa boussole, et se mit à rire.
 - Voilà qui est intéressant, dit-il en me la donnant. Il semble que nous ayons perdu le nord.
 Dans ma main, je voyais l’aiguille fébrile tourner dans un sens et dans l’autre, à toute vitesse.
 - Le GPS nous a également perdus, remarqua-t-il en posant l’objet sur le sol. Nous ne sommes plus sur terre. Ce qui est impossible, évidemment.
 Mais j’avais effectivement l’impression d’être ailleurs, sur quelque planète hostile et maléfique des confins de l’éther. Les arbustes et les racines me donnaient l’idée de n’être que les membres visibles de quelque abomination surnaturelle. Je me retournai vers le village afin de trouver du réconfort, mais ce semblant de civilisation gothique accentuait encore mon désarroi. Je me sentais vidé de toute vie, prisonnier de ce pays dramatique, de ce lieu que nulle poésie n’aurait pu rendre beau.
 - Prends la température de l’eau, fit Karl en me tendant le thermomètre étanche.
 - Elle ne doit pas être à plus de un ou deux degrés, assurais-je, regardant la neige qui tombait autour de nous.
 - Vérifie.
 Il me lança l’un de ses sourires qui indiquaient qu’il savait quelque chose qui m’était encore inconnu. Ou qu’il devinait.
 Je plongeai le thermomètre dans l’eau noire, et ne l’en ressorti que quelques minutes plus tard.
 - Presque trente-huit degrés, lus-je, éberlué.
 - Bien. Karl nota l’information sur son petit calepin, avant de s’exclamer ; c’est fantastique! Cet endroit est magnifique!

   Nous continuâmes ainsi durant plus de deux heures. Karl semblait le plus heureux des hommes, jouant avec l’innommable comme l’aurait fait un enfant, ne se relevant que pour rire ou pousser une exclamation, mi surprise, et mi amusée.
 Je me sentais perdu, seul, me demandant quelle ignominie pouvait bien vivre, tapie sous nos pieds. Ainsi, je laissai vagabonder mes pensées vers cette nuit, la plus belle de ma vie, m’isolant dans les odeurs, contre la peau chaude de celle que j’aimais déjà. Elle était ma bouffée d’air pur dans cet environnement méphitique et austère.
 Quelque chose nous fit soudain nous arrêter.
 Karl venait de relever que cette eau possédait un PH absolument neutre, lorsque nous perçûmes le bruit.
 C’était un grondement sourd, semblant venir de sous nos pieds, comme un immense et terrifiant soupir.
 Puis la lande tout entière se mit à vibrer et nous vîmes, )à la surface du marais, de fines rides se dessiner.
 La plaine était sur le point de s’éveiller, ce qu’elle fit.
 Il y eut un gigantesque craquement, comme si la lande s’était mise à hurler, et le sol se déchira. De longues craquelures, parfois larges d’un pouce, apparaissaient dans la terre meuble, et cette onde concentrique se propageait depuis le lieu où nounous trouvions.
 Il y eut une secousse, si violente qu’elle nous projeta sur le sol, au milieu de nos instruments.
 De partout, des volutes sulfureuses, semblant venir du fond brûlant e la planète, montaient vers le ciel gris, nous piquant les yeux.
 Il y eut une nouvelle secousse, moins forte, mais qui me terrifia.
 - Nous devrions rentrer, dis-je à Karl de ma voix la plus assurée.
 - Je le crois aussi.

   Je ne pense pas que Karl ait eu peur, mais bien que ce phénomène l’impressionna au plus haut point. En réalité, je pense qu’il s’amusa, durant ce qui fut pour moi une traumatisante expérience.
 Comment aurions-nous pu imaginer? Et comment, encore, aurions-nous pu prédire l’atroce destinée qui nous attendait tous deux?
 Nous rentrâmes le plus vite possible, nous retenant à chaque pas de nous mettre à courir. La lande, derrière nous, gémissait encore, et vomissait ses vapeurs âcres.
 Elle était vivante.

   En arrivant à l’hôtel, nous fûmes surpris par l’accueil du patron ; nous semblions, en effet, le terrifier, et ne le vîmes plus de la journée.
 Nous déjeunâmes dans la chambre de Karl, sans être capables de dire qui, de Marie ou de son père, avait déposé nos plateaux devant la porte.
 Je n’avais pas faim, et me contentais d’écouter mon ami exposer les relevés qu’il avait eu le temps de faire.
 - Je n’ais jamais vu une telle concentration de protéines, dit-il. Et le taux de chlorure et de nitrates est exceptionnellement bas!
 - Oui, dus-je répondre, absent. C’est bien.
 - C’est totalement improbable, explosa-t-il. Impossible! Nous nous trouvons dans une région d’agriculture intensive et le taux de nitrates devrait, normalement, être plus élevé que n’importe où ailleurs!
 Je lui répondais qu’il avait raison, et retournai à mes pensées.
 Par la fenêtre, la lande grise que contemplait Karl était retournée à son état amorphe, uniquement troublée par une légère brise froide.
 - Il y a une explication, fit-il songeusement.

 Plus tard, alors que je m’assoupissais dans le fauteuil de mon ami, j’entendis de légers coups portés à ma porte, de l’autre côté du couloir. Une voix fine m’appelait.
 Abandonnant Karl à ses hypothèses, je me ruai dans le couloir.
 Je m’arrêtai, extatique, à quelques centimètres d’elle, le cœur battant devant son aimable beauté.
 Elle regarda autour de nous, soupçonneuse, puis m’invita à entrer.

 Nous étions assis sur le lit, si proches et si lointains l’un de l’autre. Je sentais son parfum, et il me donnait envie de l’embrasser, de la serrer contre moi, de la protéger ; je voulais l’aimer encore. Elle était un Ange tombé du Ciel, venu m’aimer pour une nuit, pour un moment. J’avais aimé. J’avais été aimé, et elle m’avait plus donné en cette nuit qu’en toutes. Je savais que, jamais plus, je ne serais heureux. Mais je m’en moquais. Quel plus beau cadeau la vie aurait-elle pu me faire?
 J’avais été plus heureux que jamais.
 Elle finit par rompre le silence, cette miséricordieuse contemplation.
 - Vous n’auriez pas du sortir, dit-elle en plongeant son regard dans le mien. Les gens ont peur, ici. Et ils ont peur de vous, maintenant.
 J’espérais qu’elle m’en dirait plus que la veille, et lui demandai pourquoi, ce qui leur faisait peur.
 - La peur. Ses yeux s’agrandirent. La peur elle-même ; le Léviathan endormi!
 La voix de son père l’appelant monta jusqu’à nous, et elle sursauta.
 - Ne sortez pas ce soir, dit-elle en sortant. Promettez-le moi!
 Elle ferma la porte avant que je ne pus dire un mot, et je formulai intérieurement cette promesse. J’entendis ses pas s’éloigner dans le couloir, puis dans les escaliers. A la fin, il n’y eut plus que le malstrom de mes pensées. La simple évocation du nom de Léviathan me donnait la nausée, et je ne pus m’empêcher de pleurer. Pour un croyant, le monstre marin des Phéniciens était la Mal absolu, l’Horreur même.
 Je sanglotai de terreur, mettant de longues minutes à me calmer.

   Je descendis plus tard, et décidai d’aller à la chapelle de l’hôtel avant de me rendre au bar.
 Grande, elle semblait n’avoir pas servi depuis sa construction, au XVIème siècle, tant la crasse et la poussière s’étaient amoncelées dans tous les recoins.
 Sur les murs de pierre noire, de grotesques bas-reliefs semblaient représenter des Saints qui m’étaient inconnus. Certains chevauchaient d’immondes créatures, comme sorties des tableaux d’un Jérôme Boch, où des Enfers de Dante.
 Plus loin, au-dessus de l’autel, se tenait un Christ en croix, rendu rouge-sang par la lumière qui lui tombait dessus depuis les vitraux. Il semblait hurler et ses yeux, révulsés, aux larmes noires, résonnaient de haine. Son corps tendu semblait prêt à se disloquer, son système nerveux rendu fou par la douleur.
 Cet homme n’était pas mon Christ, aimant et charitable.
 Je me demandais quels homme avaient bien pu bâtir ce lieu sordide, suintant du Mal, et la réponse me vint ; une secte. Ceux qui avaient créé ce village devaient vénérer une secte, satanique et morbide.
 Je m’accroupis au milieu de ces figures impies, de ces orgies et sacrifices ignobles, et me mis à prier.
 Je priai Dieu, Jésus Christ et la Vierge, tout d’abord, puis le Ciel et la Terre, comme me l’avait apprit mon grand-père, des années plus tôt.
 Je priai les déesses fécondes des Anciens Temps de veiller sur Karl et moi, puis me relevai et, les yeux clos, sortis de la chapelle.

 L’après-midi était bien avancée, lorsque je m’assis au bar.
 Je n’avais pratiquement rien bu depuis deux jours, et ce que d’aucun aurait prit pour du courage revêtait pour moi l’apparence d’une malédiction.
 Le patron me servit un whisky, et je le priai de laisser la bouteille. Combien de verres en bus-je avant de m’assoupir, je ne sais pas. La bouteille avait disparu, ainsi que l’argent que j’avais laissé, lorsque Karl m’éveilla.
 J’ouvrai les yeux, l’esprit clair, et vis qu’il faisait presque nuit.
 - Ca a recommencé, dit-il en me tirant par les épaules. Viens voir!
 Je me levai comme je le pus, et suivis mon ami jusqu’à sa chambre. En arrivant près de la fenêtre, je m’aperçus qu’effectivement le phénomène avait reprit. Mais il était pourtant différent.
 La couleur bleue avait été remplacée par un rouge vif, flamboyant et palpitant.
 Toute la lande était en mouvement, rendue vivante par quelque surnaturelle abomination.

L’horreur me prit soudainement, car je la vis ; Marie courait, nue dans la lande hostile, vers le fond du marais qui grouillait à présent de vie. Elle se retournait par moments, comme pour s’assurer ne pas être suivie.
 - Marie, hurlai-je à la fenêtre close. Non!
 Sans y réfléchir, je me ruai sur la porte et m’engouffrai dans le couloir mort.
 Je passai la réception, et atterris dehors, dans le froid mordant. Il s’était remit à neiger. Ignorant cela, je me remis à courir, suivi par le regard de haine des gargouilles plusieurs fois centenaires. L’odeur qui montait du marais était insupportable. La lueur pourpre me parvenait à présent et, dès que je fus entouré d’elle et de sa puanteur, je me mis à suffoquer et à tousser.
 Marie m’apparaissait encore.
 Je la perdais, la voyant fuir, loin de moi.
 Puis elle disparut.
 Criant son nom, j’accélérai encore ma course. J’avais envie de lui hurler combien je l’aimais, que j’avais besoin d’elle pour être vivant! Je repensai aux moments que nous avions passés ensemble, et cette joie qui sombrait dans mon cœur pour ne plus être qu’un souvenir.

   Je finis par arriver à l’endroit où elle avait disparu, et m’arrêtai.
 J’avais craint qu’elle ne se fut jetée du haut de la falaise, mais elle était encore loin, et le ressac n’était encore qu’un grondement assourdi.
 Je la cherchai, l’appelant, ignorant les créatures noires qui grouillaient dans le marais, venues des tréfonds de la planète.
 Soulevant une racine, je tombai dans un trou que je n’avais pas vu.
 Je roulai, semble-t-il, sur plusieurs mètres, avant de m’arrêter contre une paroi de pierre et de roche. Il me fallu plusieurs secondes pour reprendre mes esprits. Mon corps était endolori, contusionné de partout ; je sentais du sang me couler dans l’œil depuis une large plaie au front. Mon nez et mon bras droit étaient brisés, et je gémissais de douleur.
 De mon bras valide, je finis par prendre la lampe électrique, et éclairai la cavité. Le boyau dans lequel je me trouvai était juste assez étroit pour qu’un homme put y progresser à quatre pattes. Mais il semblait sans fin.
 De l’obscurité me venait une plainte, assourdie par la distance, que j’attribuai à Marie.
 Je me mis à avancer à l’aide de mon bras valide, la lampe entre les dents. Mon souffle était sifflant, et j’avais l’impression d’avaler du sang à chaque inspiration.

   Au bout de plusieurs minutes ou plusieurs heures, je ne sais, je sentis le sol devant moi se mettre à descendre. Il était plus régulier, aussi, et l’immonde tourbe dans laquelle je pataugeais devenait de la roche.
 Elle devint plus lisse, à mesure que je progressais, et le boyau se mua en un couloir, bas et étroit, taillé avec soin.
 Des inscriptions m’apparurent, que je reconnus être des runes cunéiformes, gravées sur les murs, le plafond et le sol du couloir.
 Les hurlements de Marie étaient de plus en plus effrayants, se ressemblant parfois à de stridents meuglements.
 Ils atteignaient leur paroxysme lorsque je vis de la lumière dans laquelle je débouchai, réprimant un haut-le-cœur mêlé d’un cri.

   Je me trouvais à l’entrée d’une immense salle, aux murs couverts d’inscriptions et de dessins de déesses noires, dont le plafond était soutenu par ce qui m’apparaissait être un millier de colonnes, ornées d’hideuses gargouilles.
 De petits trous, presque identiques à celui d’où je sortais, avaient été creusés dans les parois, et d’immondes tentacules, ou bras, en sortaient, noirs et squameux, se tordant.
 La salle entière était illuminée d’une lumière pourpre, presque sanglante, qui pulsait à un rythme lent. Les runes pâles, sur les murs, semblaient les veines de cet immense cœur.
 Au milieu de cette salle se trouvait Marie.
 Elle était allongée sur le dos, hurlant de peur comme de douleur, entourée de ces choses qui la maintenaient prisonnière.
 Rendu fou de rage et de terreur par ce spectacle de cauchemar, je m’élançai. Les tentacules tentaient de m’attraper, mais je parvins à leur échapper. Mon bras me lançait douloureusement à chaque pas que je faisais, et m’arrachait des gémissements et des larmes.
 Puis les hurlements cessèrent.

 Je continuai à courir vers celle que j’aimais, dans le silence accablant. Elle était immobile, comme morte, et les créatures avaient relâché leur étreinte.
 Puis je vis ce qu’elle tenait contre sa poitrine, et compris ce qui m’avait tant gêné cet après-midi là ; son ventre, gonflé, abritait la vie.
 Le nouveau-né, informe, antinaturel, babillait doucement contre son sein, et je crus discerner des fines dents noires dans sa bouche mal dessinée. Marie pleurait.
 Elle leva la tête vers moi. Son visage semblait celui d’un monstre, ses yeux noirs et sans âme me jugeaient avec cruauté.
 - Regarde, hurla-t-elle d'une voix inhumaine. Regarde ton enfant! A demi homme et démon!
 Puis elle rit, d’un rire suraigu qui me glaça le sang, et m’arracha des larmes.
 - Pourquoi, implorais-je en approchant.
 - Pour qu’il revienne! Le Léviathan! Son règne doit reprendre. Mais tu ne seras pas son père! Tu as échoué!
 Ses hurlements me poignardaient, me donnaient envie de vomir, de mourir.
 Dans un grand rire, elle souleva de terre le nouveau-né, comme pour le fracasser sur les dalles sombres, et je le saisis dans un mouvement, avant de me mettre à courir vers la sortie.
 Marie se mit à hurler dans une langue que je ne connaissais pas, et les centaines de tentacules se remirent à vouloir m’attraper. Il y eut des grognements, puis je vis les créatures mêmes. Je ne me souviens plus de leurs formes exactes, mais les images qui me hantent sont celles de groins immondes, de dents acérées, de griffes et d’yeux allant à l’encontre même de toutes lois naturelles.
 Je m’engouffrai dans le boyau, mon bras brisé tenant le nouveau-né en tremblant à cause de la douleur, tandis que je m’efforçais d’avancer le plus vite possible, poursuivi par les hordes immondes que me lançait Marie.
 Je parvins à regagner l’extérieur ; Karl courait à ma rencontre, et ses cris, d’horreur ou non, je ne sais, furent la dernière chose que j’entendis avant de m’évanouir.

   Je m’éveillai au milieu de la lande, transit de froid, le bébé pleurant contre ma poitrine. Je n’osais le regarder. La mémoire me revint lorsque je vis, près de moi, le cadavre déchiqueté et méconnaissable de mon ami. Ses yeux révulsés hurlaient l’horreur qu’il avait vécue, et qui l’avait tué. Près de lui était inscrit, en lettres de sang, le résultat de ses recherches ; « le marais est enceinte ».

 Je pleurai, en rentrant à l’hôtel, dans la lande redevenue noire, et décidai de partir avant l’aube.
 Détruit, malheureux, j’avais envie de mourir.

   Presque un an a passé, et il neige. Le bébé est dans sa cage d’acier, près de moi. Je n’ose l’approcher, car d’immondes griffes lui ont poussé, que je n’ais pas la force de couper. Je l’entends mâcher avec appétit un rat qu’il a attrapé plus tôt. Je sais qu’il m’observe, moi aussi, avec envie. Moi, son père. Et un jour, ce sera mon tour.
 Plus jamais je n’ais été heureux, depuis cette nuit où elle m’a tout donné. Plus jamais je n’ai souri.
 Sur la table, mes affaires sont prêtes. Je n’ai presque rien pris, un simple fusil. Je m’apprête à finir une nouvelle bouteille d’alcool. Je n’ai plus que ça.
 Tu m’as appris l’horreur, l’amour. Je ne veux plus être malheureux.
 Je viens te retrouver, Marie. Et nous serons une famille, enfin.

A pas de géant...

Aujourd'hui, c'est nouvelle. :D

J'ai écrit le premier jet de celle-ci quand j'avais seize ou dix-sept ans (donc il y a onze ou douze ans), avant de la reprendre presque entièrement en 2005. Je l'aime bien, malgré les erreurs et les défauts de style que j'avais à l'époque. Elle a ce petit goût un brin naïf et baveux d'espoir que j'arrive parfois à choper.
 Elle tient aussi un peu du délire psychanalytique, puisque je commençais à jouer avec les poncifs freudiens en imaginant la tête d'un psy lisant ça. Le Kevin est joueur. :D



A PAS DE GEANT


L’absence diminue les médiocres passions, et augmente
les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu.
La Rochefoucauld, Maximes



   Il regarda l’enfant, et marcha vers lui. Une ombre sembla passer sur son visage rond et luisant, lorsqu’il se rendit compte que jamais plus il ne verrait le garçon.
Il l’avait débarrassé de ses peurs, de ses monstres, et tout était fini, à présent. Alors il fit demi-tour et parti, entendant encore les sanglots de l’enfant.

   - Maman, Maman, s’écria la fillette. Tu m’achète celui là? Elle sautillait devant la vitrine trop haute pour elle, son visage radieux illuminé par les flamboyantes décorations qui avaient d’abord attiré son attention. Elle tiraillait la manche de sa mère en bondissant sur place et en criant.
- Est-ce que je peux avoir celui là, s’il te plait Maman?
Elle s’appelait Liz. Sa mère s’appelait juste Maman. Avec une majuscule, comme à Dieu. Et Maman regardait Liz avec un sourire. Elle admirait ce petit bout de vie de cinq ans, ce qu’elle avait de plus beau, la seule chose, considérait-elle, qu’elle avait réussi.
- Oui, répondit Maman en reprenant la main de Liz. Puis elle regarda la fillette sourire de plus belle, puis se mettre à rire, de ce rire cristallin qui n’appartient qu’aux enfants. Puis elles entrèrent dans le magasin.
Maman tendit son cadeau à Liz en sortant. Et elle resta un moment, tendre, à la regarder s’émerveiller.
- Tu fais attention, conseilla-t-elle. C’est très fragile, d’accord?
La fillette acquiesça, déjà ailleurs, rêveuse.
C’était une grosse poupée de porcelaine blanche, un clown mécanique dont les entrailles produisaient une musique douce lorsque l’on remontait sa clef dorée. Ses lèvres rouges s’écartaient en un sourire comique, et ses yeux de peinture semblaient exprimer la joie. Seule une larme argentée sur la joue, comme figée lui donnait un côté mélancolique.
Il faisait froid, et Maman décida qu’il était temps de rentrer. Noël approchait, et il allait probablement neiger dans la soirée.
 Alors Liz caressa le visage du pantin et, d’une main, le serra contre son cœur. Elle offrit sa deuxième main à Maman, et la serra très fort, pour se réchauffer.
- Je t’aime, dit-elle au bout d’un moment. Je t’aimerai pour toujours.
Elle ne vit pas le sourire de Maman.

   Elle claqua violemment la porte de sa chambre, rouge de fureur à la fois contre elle-même et contre sa mère. Liz avait douze ans. Maman aussi avait vieilli mais, bien qu’elle ne l’admît pas, elle restait toujours la plus belle des femmes.
 Maman avait reçu plusieurs surnoms avec le temps ; « emmerdeuse » et « connasse » étaient de ceux là. « Salope » était en attente, en précommande de vocabulaire. Elle le savait, elle était, elle aussi, passée par là. Des années plus tôt. Qu’elle le veuille ou non, Liz grandissait. Bientôt, elle serait une femme. La jeune fille lui empruntait déjà son maquillage et une partie de ses vêtements. Maman avait peur. Peur de ne pas voir sa fille devenir femme, peur du temps qui passait et qui la vieillissait, peur de ne pas la voir se marier. Elle avait peur de ne plus être là…
 Ne plus être là pour lui rappeler comment elle était, enfant. Qui elle était. Pour lui rappeler ses rêves. Son héroïne.
 Bien sûr, Liz savait tout cela. Elle s’en doutait, du moins. Mais pas à ce moment. Elle s’en moquait. La jeune fille poussa un cri de rage et, du revers de la main, balaya son bureau, jetant le tout au sol, les cahiers, la photo de l’ « homme de sa vie », les livres, le clown…
 Elle ne put retenir sa main.
 Liz regarda le pantin plonger vers le sol, impossible à rattraper. Le sourire de porcelaine se tordit en un odieux rictus de douleur en s’écrasant, le visage rond se tordant soudainement. Il éclata.
 Les morceaux crissant s’étalèrent aux pieds de la jeune fille, et elle se mit à pleurer.

   Maman entendit le son sur le sol de la chambre de sa fille, puis le bruit de quelque chose de valeureux, qui se brise.
 Elle venait de crier, de se mettre en colère après elle. Ce n’était pas la première fois, bien sûr mais, comme toujours, l’orgueil adolescent de Liz avait prit le coup en pleine figure, et s’était rebellé. Elle avait raison. On a toujours raison, à cet âge là. Puis vient un jour on l’on apprend à accepter nos erreurs. Liz n’en était pas encore là. Elle s’était donc mise en colère, et avait tenté de hurler plus fort que Maman.
 Elle entendit les sanglots venir de la chambre, et s’y précipita.
 Le clown, ses morceaux, étaient répandus tout autour de la jeune fille, qui pleurait en caressant doucement le visage brisé.

   Maman recolla le pantin, recousît la fleur de tissu à son pan de veste, et appela Liz. Elle s’était excusée autant de fois qu’elle l’avait pu, avant de se punir elle-même en allant s’enfermer dans sa chambre. A la fin, les mots n’étaient plus compréhensibles, noyés dans les sanglots, et elle s’était blottie dans les bras de sa mère.
 Elle arriva, les yeux encore rougis et bouffis par les larmes.
 - C’est toi qui lui a repeint le visage, demanda Maman en regardant le clown, les sourcils froncés.
 - Non, pourquoi? Je n’y ai jamais touché.
 Maman songea qu’elle disait la vérité ; la teinte aurait été différente et le trait hésitant, mais ce n’était pas le cas. Pourtant, quelque chose avait changé ; la larme, qui n’était à l’origine qu’un point argenté, était devenu un fine ligne courant de l’œil droit du pantin à la commissure de ses lèvres pourpres. Son regard semblait dur, et froid, comme assombrit. Son sourire même semblait différent.
 Il n’avait plus l’air que d’une pathétique copie du clown.
 Elle mit cela sur le compte de la chute et de la colle, et le rendit à sa fille qui la remercia avant d’aller le reposer dans sa chambre.

   Liz était née sans connaître son père. Maman évitait le sujet avec sa fille, mais elle ne pouvait s’empêcher de pleurer, parfois, la nuit venue. Elle s’était promit de ne plus vivre qu’avec un homme bon, aimant, et qui aimât Liz autant que sa propre fille.
 Elle trouva donc le second homme de sa vie durant la treizième année de la jeune adolescente. Un homme charmant, au métier compliqué, beau et intelligent, sorte d’ange tombé du ciel, ou de prince charmant tombé d’un conte de fée.
 Maman et lui s’étaient aimés de toutes les manières imaginables, et tout se passa bien au début. Mais Liz ne l’aimait pas. Il était un étranger qui jouait au gentil papa avec elle, et au mari avec Maman. Elle éprouvait pourtant à son égard un sentiment discret, se prenant même, parfois, à inverser les rôles. Le nouveau venu en était conscient mais, même avec autant de diplômes qu’il était humainement possible de posséder, il n’y voyait aucune solution. Il n’était pas le père de Liz, et jamais ne le serait. Maman le savait aussi.
 Mais la jeune fille ne fit rien, nourrissant un peu plus chaque jour sa haine amoureuse.

   Les pas retentirent, lents et sourds.
 Maman et son homme ne les entendirent pas. On était au milieu de la nuit, Liz dormait. Et eux…
 Eux ils s’aimaient.
 Au plus profond de la nuit, dans le noir le plus total, ils n’entendirent rien.
 Le silence était presque total. Seuls les ronflements du chien et le souffle court de leur amour venaient le briser.
 Et puis les pas.
 Ils retentirent, encore et encore.
 De plus en plus près d’eux.

   Le vieux chien émit un grognement étouffé. Ses oreilles pendantes remuèrent, et il ouvrit les yeux.
 Il y avait un bruit, à l’étage. Un bruit… et une odeur. Mais c’était celle de la jeune fille, qui avait du se réveiller.
 L’animal se leva avec lenteur, son arrière-train le faisant un instant souffrir, et marcha posément vers les escaliers. Il allait faire la fête à la jeune fille, et en profiter pour lui faire comprendre que, lui aussi, avait des besoins.
 Il monta les escaliers, comme un vieux chien qu’il était, vers l’odeur.
 Il arriva silencieusement en haut des marches, soufflant presque, et chercha la fille. Il n’avait pas une très bonne vue, et ne distingua rien dans la pénombre.
 Mais l’odeur était plus proche de lui, à présent.
 Alors il tendit l’oreille, et ne perçut plus que le son venant de la chambre. Là où il n’avait jamais eu droit d’entrer. En réalité, il n’avait pas non plus le droit de monter à l’étage.
 Manifestant sa présence, il remua la queue, et se mit à souffler, la langue pendante. Puis il poussa un jappement de frayeur.
 Il fit un pas en arrière, le plus doucement possible. Il poussa un nouveau jappement, plus bas.
 Les yeux vert émeraude qui l’observaient le terrifiaient, mais il en était certain, à présent ; ce n’était pas la fille.
 Il émit un grognement bas, se baissant un peu sur ses pattes antérieures, montra les dents.
 Une ombre épaisse, comme une fleur, vint se poser sur son pelage roux, et couvrit entièrement le chien, comme la lune se découvrait.
 Le chien poussa un dernier jappement, puis un couinement aigu.

   Elle commença à jouir, haletante. Elle ne sentait pas la sueur qui perlait sur son front, sur sa poitrine. Juste le plaisir, et ses cris emplissaient la chambre, comme elle ne les retenait pas. Elle serra l’homme contre elle, le serrant de toutes ses forces, car elle voulait le garder ainsi.
 A ce moment, elle n’était plus Maman. Elle n’était plus qu’une femme ordinaire. Belle, désirable, à qui l’on aimait faire l’amour. Un petit mot pour une grande idée, parti du sentiment le plus fort, parmi ceux qui hantent nos cœurs.
 Des bribes de mots se firent entendre, incompréhensibles, haletés, mais prévisibles.
 Puis ils s‘arrêtèrent, et les gémissement se calmèrent comme ils s’abandonnaient enfin. Il se dégagea lentement de ses cuisses, et se leva, exténué, soufflant.
 Lentement, comme une rose désirée, elle se referma.
 Elle se leva à son tour, et passa une fine chemise de nuit. Elle allait voir dormir son fils. Désormais, elle était redevenue Maman, cet être asexué parce que le contraire serait inimaginable.
 Jusqu’à la prochaine fois.

   L’homme ouvrit doucement la porte, et disparut dans la pénombre.
 Il poussa un petit cri, mélange de surprise, d’horreur et de douleur.
 Il lui sembla un instant que tous ses cauchemars d’enfances revenaient, l’un après l’autre. Ces cauchemars cachés, ridicules aux yeux de l’adulte, mais qui le faisaient s’éveiller en pleine nuit, terrifié, couvert de sueur.Maman l’appela, plusieurs fois. Mais il n’y eu pas de réponse. Il n’y avait plus un bruit dans la maison.
Il faisait noir.
 Elle fit quelques pas hors de la chambre, et la lumière sembla ne pas venir jusqu’à elle.
 Il lui semblait sentir quelque chose de chaud et d’effroyablement visqueux sous ses pieds.
 Il lui vint à l’esprit que le chien n’avait pu se retenir et, bravant les interdits, était monter, ricanant, faire ses besoins devant la porte de la chambre. L’homme était certainement parti chercher de quoi nettoyer.
 Elle chercha à tâtons l’interrupteur, se griffant les doigts sur le mur de crépi. Elle finit par le trouver, et appuya.
 Ses pensées s’évanouirent en même temps que vint la lumière.

   Ses yeux l’observaient, terrifiés. Ils étaient encore ouverts, secs à présents, et elle s’aperçut à quel point ce fait semblait contre nature.
 Sa bouche était ouverte, sa langue baignant dans le sang noir.
 Des images et des sensations revinrent soudainement à la jeune femme. Elle avait senti cette langue, quelques instants plus tôt, contre la sienne, avant de la sentir glisser sur son menton, su son corps.
 Elle eut un haut-le-cœur.
 Elle leva les yeux à ce moment, et le vit.
 La larme scintillante semblait jouer avec la lumière, haineuse.
 Elle vit, l’espace d’une instant, des lèvres rouges s’ouvrir difformément.
 Puis tout fut fini.
 Il lui sembla voir le mur venir à elle, elle eut vaguement conscience de l’escalier, loin en dessous d’elle, puis le contact.
   Liz rêvait. Des rêves d’enfant de son âge. Elle rêvait des garçons de la télévision, des professeurs, des garçons de la classe. Et d’un, en particulier. Elle se sentait bien, frissonnante. Le lendemain, elle ne s’en souviendrait plus.

   A peine éveillée, elle s’engagea dans le couloir pour aller réveiller Maman. Comme d’habitude. Un soleil pâle commençait à éclairer l'horizon, annonçant une journée chaude.
 Elle cria.
 Devant elle, le corps disloqué de sa mère gisait, nu. Son visage était tourné vers Liz, et elle la regardait de ses yeux morts.
 Près d’elle, le visage déchiqueté de l’homme semblait figé par le sang coagulé. Un flot de tripes pâles semblait le lier au cadavre du vieux chien.
 Puis il y avait le clown.
 Les yeux tristes de l’automate étaient fixés sur elle.
 Liz se mit à hurler de toutes ses forces et, enjambant les corps, descendit les escaliers en courant.
 Elle voulait laisser ces horreurs derrière elle, le plus loin possible.
 Elle courut dans la maison, hurlant toujours, laissant rouler ses larmes sur ses joues.
 Elle sortit, se retrouvant, hagarde, sur la route qui passait devant la maison, le corps tout entier secoué de sanglots et de hauts-le cœur.
 La pluie qui tombait dru lui brouillait la vue, se mêlant à ses larmes.
 Elle n’y voyait plus rien.
 Elle entendit simplement le klaxon du large autobus, mais ne le vit pas.
 Le moteur rugissant, les crissement des pneus sur l’asphalte mouillée.

   Le clown, pantin brisé qui ne faisait plus de mélodie, vit tout. Il ne fit rien.
 Ses yeux verts brillèrent un peu plus, tout simplement, comme s’il allait pleurer.
 Il ne comprenait pas les humains. Ils demandaient à être protégés contre eux mêmes, contre des cauchemars dont ils ne connaissaient pas même la nature. Ils demandaient à haïr et aimer en même temps, grandissant ainsi.
 Il aimait voir grandir les enfants. Il aimait les voir évoluer. Il aimait les voir aimer pour la première fois, et sentir leur cœur battant, entendre leurs soupirs sentimentaux.
 Il aimait les voir vivre, avancer dans la vie.
 Avancer jusqu’au bout d’eux-mêmes.
 Il baissa la tête et, de sa démarche mécanique, s’en alla.

   - Maman, Maman! S’il te plait… Maman!
 La mère, l’être le plus cher de l’enfant. Un petit garçon, qui serre fort la main de la première des femmes de sa vie.
 - Il est beau le clown.
 Et il sautille, et il est heureux.
 Et sa mère rêve de son innocence.

23 Aout 2005

Comic Book

 Bon...
 En attendant de poster mes prochains dessins et mes premières nouvelles dans le courant du week-end, je me permets de vous annoncer une réédition qui fait chaud au coeur... Pour peu que l'on aime les comics, bien sûr.

 "Superman, Red Son".
 Publié il y a cinq ou six ans, Red Son n'avait eu droit qu'à une grosse et chère édition cartonnée, pas toujours disponible. Heureusement, ce mois-ci, et grâce à Panini Comics et DC Icons, on peut retrouver cet arc scénarisé par le magistral Mark Millar ("Civil War", chez Marvel). L'histoire est un simple what if, mais de taille : que serait devenu Superman si, au lieu d'atterrir au fin fond du Texas, le jeune Kal-El était tombé... dans l'URSS de la Guerre Froide?
 Un comic book génial, intelligent et lucide à la fois, qui permet de reposer les bases du héros le plus "American Way of Life" de DC Comics...
 Il est déjà dispo, au prix de 22€, avec 168 pages...


Plus drôle mais sur le même principe, si vous le trouvez, existe aussi "Superman : Tru Brit", co-écrit par John Cleese, et qui voit Superman débouler... à Londres. Hilarant.

vendredi 9 avril 2010

L'art de la Guerre


 Un petit délire réalisé vite fait... Les infos, une mine d'idées bizarres...

Doctor Who


Inaugruration peinarde du blog...
Pour commencer, un dessin de Doctor Who... Série que j'ai découverte sur le tard, quand c'était encore l'excellent David Tennant. Il va manquer à pas mal de monde, on dirait.
Le dessin est basé sur des photos, mais je me suis bien éclaté sur le Ood.