Un extrait de la page 2 d'un épisode de transition, pour l'instant le numéro #0, tout juste encré et avant passage par Illustrator pour approfondir le contraste.
vendredi 16 juillet 2010
mardi 13 juillet 2010
coup de génie
Juste comme ça, pour le fun, voici une superbe illustration juste encrée due à l'immense Jim Lee. Il s'agit d'une des illustrations préparatoires de Call Of Duty et, franchement, ça pète grave...
En tant que dessinateur, ça file autant le vertige que regarder le K2 d'en bas en espérant un jour réussir à arriver au sommet.
Lee a la particularité de beaucoup travailler "à l'ancienne". Pas de palette graphique, ni rien. Crayonnés au crayon de couleur, "sketch" au crayon d'animation (bleu, ce qui permet de le faire disparaître plus facilement), et encrage au Rotring classique.
L'image est en très grand format, donc vous pouvez la voir en détails en cliquant dessus, et les détails valent le coup. Ce type a certainement le coup de crayon le plus sûr du comic book actuel.
Perso, j'en suis un immense fan.
En tant que dessinateur, ça file autant le vertige que regarder le K2 d'en bas en espérant un jour réussir à arriver au sommet.
Lee a la particularité de beaucoup travailler "à l'ancienne". Pas de palette graphique, ni rien. Crayonnés au crayon de couleur, "sketch" au crayon d'animation (bleu, ce qui permet de le faire disparaître plus facilement), et encrage au Rotring classique.
L'image est en très grand format, donc vous pouvez la voir en détails en cliquant dessus, et les détails valent le coup. Ce type a certainement le coup de crayon le plus sûr du comic book actuel.
Perso, j'en suis un immense fan.
mardi 6 juillet 2010
Skinner (suite)
Et voila!
Après trois mois de dur labeur et de (très) longues journées, le 1er numéro des aventures de Skinner est fini... Bien sûr, je ne vais pas tarder à m'attaquer à la suite, tant j'ai découvert que je m'amusais, en fait, à dessiner.
Donc, pour en finir avec celui-là, voici l'illustration de couverture, à peine terminée. J'ai décidé de la faire la plus sobre possible, de manière à laisser un maximum d'éléments en suspens dans l'épisode, sans compter que la première chose à faire est de présenter le héros dans un environnement qui reste majoritairement à inventer. Donc, sobre.
Après trois mois de dur labeur et de (très) longues journées, le 1er numéro des aventures de Skinner est fini... Bien sûr, je ne vais pas tarder à m'attaquer à la suite, tant j'ai découvert que je m'amusais, en fait, à dessiner.
Donc, pour en finir avec celui-là, voici l'illustration de couverture, à peine terminée. J'ai décidé de la faire la plus sobre possible, de manière à laisser un maximum d'éléments en suspens dans l'épisode, sans compter que la première chose à faire est de présenter le héros dans un environnement qui reste majoritairement à inventer. Donc, sobre.
A bientôt pour la suite, et je n'oublie pas le dernier chapitre de mon tuto sur le coloring.
lundi 28 juin 2010
Skinner (suite)
Voici un extrait de la page 20. J'ai pris l'habitude de coloriser mes personnages, plutôt que de les faire en noir et blanc. Ca me permet de mieux gérer ma colorimétrie et les ombres, ainsi que de trouver les bonnes teintes.
Le souci est que je fais tout cela avec la teblette souris de mon pc, donc peu pratique et précise, mais je commence à me débrouiller.
création d'un comic book (part 8)
Et voici notre super héros encré :
Mon travail a également consisté à trouver quelle pointe utiliser : du o.45, du 0.5 et du 1.0 mm ont fait l'affaire.
J'ai également respecté une règle tacite que l'on retrouve à peu près partout : l'équilibre entre le noir et le blanc. 2/3 de blanc et 1-3 de noir ici, bien que l'inverse soit possible. Les deux couleurs sont opposées, et faire moitié-moitié donne l'impression qu'il y a plus de blanc que de noir, et déséquilibre le dessin.
J'ai également vectorisé mon dessin afin d'approfondir mon encrage, et de nettoyer ma page.
A ce stade, elle serait parfaitement publiable : le dessin est fini, l'encrage est bon... Si je la voulais en noir et blanc, je pourrais l'envoyer ainsi à la presse.
Mais, comme je suis un peu pervers, nous allons y mettre de la couleur : il s'agit donc du passage du manuel à l'informatique, car presque plus personne, dans le monde du comic book, ne colorise ses pages à l'encre.
Ceux qui le font sont notables : Alex Ross (peinture + numérique), Lynn Varney (coloriste de Franck Miller, notamment sur 300, The Dark Knight, et le futur Xerxes)... Il s'agit essentiellement d'un choix artistique, mais d'autres excellent dans le coloring informatique.
samedi 26 juin 2010
création d'un comic book (part 7)
Je profite d'un petit moment entre l'ébauche et l'encrage de ma nouvelle page pour continuer un peu le tuto...
Je parlais, la dernière fois, de la première partie de l'encrage, qui sert un peu de préparation. C'est là que, en tant que dessinateur, vous décidez une bonne fois pour toutes des traits que vous gardez et de ceux qui disparaîtront. Normalement, les étapes précédentes vous ont permit de déterminer véritablement votre style graphique, ainsi que les erreurs que vous auriez pu commettre dans votre dessin.
A titre d'exemple, trois étapes de travail par Greg Capullo sur la couverture de Spawn #185 (US) :
Ici, la dernière étape d'ébauche, avec une finalisation proche du rendu final. Bien que le style soit évident, il s'agit principalement d'un semi-encrage des traits principaux.
Ici, la phase finalisée, ou presque. C'est, en tout cas, la fin du travail manuel. Tous les traits existent (le "pencil"), et l'encrage à été ajouté (ici, par Todd McFarlane). On remarque encore les zones plus claires dues au pinceau à encre de Chine.
Enfin, le coloring (par Jin Han). La connaissance parfaite qui existe entre McFarlane et Capullo, en particulier, permet au premier de parfaitement encrer le travail du second, sans en dénaturer le travail, ce qui arrive hélas sur certains comics. Le dessinateur supervise aussi largement la phase de coloring, en assurant à la fois le bon suivi chromatique et le respect des "densités" ou des reliefs du dessin.
Bref... Voici notre Superman, après le premier travail d'encrage :
Les zones évidées au sein du dessin seront évidemment en noir. L'idée reste, quand même, d'économiser un peu d'encre. Mais, globalement, le dessin est terminé : je pourrais parfaitement m'en désolidariser pour le passer à quelqu'un d'autre, qui en ferait l'encrage et le coloring. Prochaine étape, du coup, l'encrage. Remplir les noirs, chercher à "habiller" l'image, etc...
mardi 22 juin 2010
création d'un comic book
Petit rattrapage...
Il semble que la notion de Prelim varie suivant le dessinateur, les étapes ou son style.
En effet, certains font des ébauches plutôt bien travaillées, au crayon et au feutre, assez proches du résultat final.
En outre, j'ai dit plus haut que l'utilisation du cello se généralisait pour les différentes phases d'encrage, mais sans rapeller que, auparavant - et certains dessinateurs le font toujours - le crayonné se faisait au crayon d'animation bleu, facile à gommer et qui ne se voit pas au scanner.
Je ne connais pas les proportions d'artistes utilisant un style ou l'autre, et ne m'avancerai donc pas dessus. Mais, au moins, vous savez que les deux options sont possibles.Mais il est évident que chacun fait comme il le veut : il n'y a pas de règle fixe en la matière, seul le résultat compte.
Il semble que la notion de Prelim varie suivant le dessinateur, les étapes ou son style.
En effet, certains font des ébauches plutôt bien travaillées, au crayon et au feutre, assez proches du résultat final.
En outre, j'ai dit plus haut que l'utilisation du cello se généralisait pour les différentes phases d'encrage, mais sans rapeller que, auparavant - et certains dessinateurs le font toujours - le crayonné se faisait au crayon d'animation bleu, facile à gommer et qui ne se voit pas au scanner.
Je ne connais pas les proportions d'artistes utilisant un style ou l'autre, et ne m'avancerai donc pas dessus. Mais, au moins, vous savez que les deux options sont possibles.Mais il est évident que chacun fait comme il le veut : il n'y a pas de règle fixe en la matière, seul le résultat compte.
création d'un comic book (part 6)
Bien... Etape suivante, ce que l'on appelle le "Prelim", ou préliminaire.
Chez les professionnels, il existe une règle de base : quand le rough est fait, on n'y touche plus. Si vous avez ce qu'il faut, vous pouvez encadrer votre dessin au crayon et le mettre au mur, car on ne s'en servira plus que comme base.
Je vous explique : tout le monde sait que le crayon c'est crade. Ca laisse des traces, ça en fait si on a le malheur de poser le doigt dessus, ça en fait quand on gomme, etc. Une vraie saloperie, quoi.
De fait, les professionnels utilisent depuis maintenant quelques années ce que l'on appelle un "cello", directement hérité du film d'animation. il s'agit d'une feuille de celluloïde, un transparent, que l'on va poser sur le rough pour l'encrage. Ainsi, il n'y a aucune trace et on peut travailler calmement sur une surface pas trop désagréable.
Mieux, si on se plante dans l'encrage, on n'est pas obligé de demander au dessinateur de tout refaire. La fête.
Sauf que les trensparents coûtent une fortune. Personnellement, je contourne l'obstacle en photocopiant mes roughs. Les traits apparaissent juste assez pour pouvoir passer dessus, et je n'ai pas de souci une fois scanné.
Chez les professionnels, il existe une règle de base : quand le rough est fait, on n'y touche plus. Si vous avez ce qu'il faut, vous pouvez encadrer votre dessin au crayon et le mettre au mur, car on ne s'en servira plus que comme base.
Je vous explique : tout le monde sait que le crayon c'est crade. Ca laisse des traces, ça en fait si on a le malheur de poser le doigt dessus, ça en fait quand on gomme, etc. Une vraie saloperie, quoi.
Mieux, si on se plante dans l'encrage, on n'est pas obligé de demander au dessinateur de tout refaire. La fête.
Sauf que les trensparents coûtent une fortune. Personnellement, je contourne l'obstacle en photocopiant mes roughs. Les traits apparaissent juste assez pour pouvoir passer dessus, et je n'ai pas de souci une fois scanné.
Bref. Le Prelim en lui même n'est pas encore l'encrage. Il ne s'agit que de repasser à l'encre les traits que vous avez faits au crayon. Une tâche ardue, croyez-moi, et lente, et minutieuse. Ce sont le plus souvent les dessinateurs eux-mêmes qui s'occupent de cette tâche, mais pas nécessairement. Ceci dit, si un autre le fait, cela demande une excellente connaissance du style du dessinateur, et un dialogue ininterrompu entre les deux. Beaucoup de dessinateurs sont bien plus brouillons que moi dans leurs roughs, et les encreurs les remercient de ne pas avoir à préparer leurs prelims.
Autant que possible, toute la phase d'encrage, Prelim inclus, se fait à l'encre de Chine. Mais les scanners et les logiciels récents rendent parfaitement avec une encre basique. Vous pouvez donc utiliser des Rotring, un Pilot V5, ou n'importe quoi d'autre. C'est vous qui choisissez. Pour ma part, je travaille avec des stylos d'architecte Micron Pigma, bien moins chers que les Rotring (environ 15€ la boîte de 6).
Certains dessinateurs n'utilisent qu'une taille de stylo, mais la majorité en utilisent plusieurs. Vous faites comme vous le sentez.
D'une manière générale, j'utilise un 0.3 ou un 0.35mm pour le contour des persos, un 0.25 pour les gros détails et un 0.2 pour les plus fins, comme les hachures. L'important est d'être précis.
Vous pouvez également utiliser des stylos d'autres couleurs. Il est de plus en plus courant de voir des dessinateurs finalement donner à leurs traits une tonalité proche de celle de la couleur de l'objet ou du personnage et, dans ce cas, le mieux est d'utiliser un stylo rouge, qui vous permettra de changer de couleur une fois sur ordinateur.
Donc, pour commencer le Prelim, assurez-vous d'être au calme, à l'aise. Et il est possible que vous sentiez de l'énervement au bout d'un moment. Dans ces cas là je me fais un café et je fume une cigarette. Mais chacun fait comme il veut.
création d'un comic book (part 5)
Donc, voila ce que donne mon "rough" :
Il est évident que c'est loin d'être fini, mais ça prend forme. J'ai fait mon dessin à l'aide d'un crayon Rotring VisuPencil de 0.5 d'épaisseur, ce qui complique un peu la création de certains détails.
Ceci dit, l'esprit est là.
On peut donc voir ça plus en détail.
Je n'ais pas trop travaillé le visage de Superman : dessin trop petit, mine trop grande, ça ne collait pas. Vous devrez vous habituer à ce genre de frustrations, ou à bosser au point par point. Les sections ombrées de son costume sont délimitées par les hachures, que l'on retrouvera une fois l'encrage fini. Elles apportent du relief et un ombrage satisfaisant au niveau du dessin, sans avoir à stresser. Bien sûr, un simple démarquage comme celui des bottes peut largement suffir.
J'ai également fait ressortir la musculature du personnage de cette manière. Dans la réalité, ils se verraient à peine et se travailleraient au coloring, mais il est important qu'un super héros ait droit à la meilleure musculature possible. Ses côtes et sa cage thoracique ressortent aussi.
Comme je l'ai expliqué plus tôt, les super héros représentent un peu les dieux de la Grèce Antique. De fait, ils ont un peu les mêmes proportions. Oubliez les idées préconçues qui disent que la tête du héros ou du méchant doit être un peu plus petite. Ca ne fonctionne que dans certains cas pour faire ressortir une musculature disproportionnée. En revanche, vous pouvez diminuer un peu la tailledu cou, ou le rendre plus épais, sans éxagération.
La cape n'est que peu détaillée. Comme il s'agit d'une posture fixe, vous pouvez en faire ce que vous voulez, et l'oublier un peu. inutile de passer trois heures sur un détail dont l'importance n'est que relative. Ceci dit, en prévision de toute la zone noire qui sera ajoutée ultérieurement, j'ai opéré un léger détourage dans la zone droite du costume de Superman.
La gargouille n'a pas été très travaillée, de même que le mur. Je reviendrai plus tard sur les décors.
Passons donc à Lois Lane. Chaque visage est travaillé et recherché, en comic book, car chaque morphologie représente une psychologie particulière.
J'ai donc fait ma Lois avec un visage rond, au joues marquées et au nez légèrement retroussé, ce qui lui donne un air de jeune fille un brin mutine. Les yeux en forme d'amande représentent habituellement une certaine acuité ainsi que la sensualité, et le front très haut une grande intelligence. Je lui ais cependant donné une coupe de cheveux assez élaborée, stylée années 1950 qui marque le sérieux professionnel du personnage. Si j'avais du la dessiner en entier, je lui aurais sans doute fait un tailleur strict.
Surtout, je n'ai pas texturé le visage, afin de lui conserver son aspect doux. Les hachures qui apparaissent sur son menton sont une mauvaise idée, qui disparaîtra à l'encrage (mais que je garderai sans doute pour la couv' de ma bd).
A noter : il y a autant de styles que de dessinateurs. Vous pouvez, selon vos appréciations, vous inspirer de l'un ou de l'autre, ou pas. En toute honnêteté, j'ai passé des années à recopier des dessins de Adam Hugues, de Jim Lee, Phil Gimenez ou Greg Capullo. Il s'agit d'un bon moyen pour acquérir quelques reflexes et mieux se rendre compte du travail de ces grands dessinateurs. Chacun ayant des méthodes différentes, on fini par se trouver la sienne sans avoir l'air de trop pomper. Avec le temps, le style vient (regardez l'évolution entre les premières pages de ma bd et les dernières, et vous verrez). Autre chose : comme je l'ai dit, tous les dessinateurs ont leus préférences dans ce qu'ils dessinent. Dans mon cas, j'adore les vues de 3/4 avec de longs horizons, fan de cinéma oblige. Mais il n'est pas rare que même eux se servent de photos comme base de travail. Tant que vous ne le faites pas à chaque dessin et qu'il ne s'agit pas simplement d'un copié-collé, ça va. Sinon, faites un roman-photo. :D
La création d'un comic book (part 4)
Une fois que tous les brouillons de vos pages sont faits et que vous êtes contents de ce que ça va donner, vous pouvez vous y mettre.
Qu'on ne s'y trompe pas : le dessin se fait toujours majoritairement à la main, sur une table à dessin. Chez les pros (et ceux qui ont les moyens), la table est équipée comme il faut : des pinces pour la page, une règle coulissante, un cendrier et un porte-gobelet pour le café (je plaisante, mais ce serait cool pour moi).
Dans la plupart des cas, les dessinateurs travaillent sur du format A3 ou du double format A3 (il arrive qu'ils utilisent une double page pour une action), ou à peu près.
Moi je travaille soit sur du A4 rogné, soit sur des feuilles volantes ce qui me permet de dessiner une vignette au double ou au triple de sa taille finale, afin de mieux la détailler. Mais ça n'a pas que des avantages, notamment au niveau du scanner.
En outre, la page est toujours annotée avec : le numéro de l'album, son titre, le numéro de la page, le nom du dessinateur, celui de l'éditeur, etc... L'idée est de ne pas se planter plus tard.
Et, là, c'est le moment de vous défoncer. Si les professionnels travaillent vite, vous pouvez prendre le temps que vous voulez. Le crayonné d'une page me prend généralement huit à dix heures, à titre d'exemple.
Mais le dessin ne se fait pas tout seul, et beaucoup de gens ont leurs bêtes noires : les yeux, les mains... Dans mon cas, ce sont les pieds et les chaussures.
Mais vous pouvez trouver des astuces pour vous en sortir tout de même.
A titre d'exemple, manière de commencer votre dessin, Consiste à mettre en valeur les points d'articulation de vos personnages et en dessinant leurs visages à partir d'un simple oval. Je ne suis pas très fan de ces techniques, bien qu'il m'arrive parfois d'utiliser la première. Mais je commence généralement le dessin d'un personnage par ses yeux. Leur orientation et leur positionnement déterminent à la fois la position finale du personnage ainsi que l'angle général du décor de la vignette.
Cependant, n'oubliez pas que la première chose qui prime est la réalité anatomique. Vous pouvez parfaitement boursoufler vos personnages avec leurs propres muscles, mais à condition de leur adjoindre d'autres personnages plus normaux.
Mais, quelques éléments de base : autant que possible, affinez vos traits, ce sera important pour l'encrage. Gommez les imperfections, etc... Et ne remplissez pas les zones noires. Un grand espace blanc avec au centre la simple mention "Nr" ou "Bl" suffit. Et n'oubliez aucun trait. Votre dessin doit être aussi précis que possible.
Comme je l'ai déjà dit, le dessinateur et l'encreur ne sont que rarement la même personne. Or, le second travaille sur le dessin : il ne créée pas et ne peut imaginer ce que le dessinateur avait en tête.
L'important, aussi, est de ne pas oublier les détails : ce sont eux qui feront votre dessin qui, basiquement, se résumera à une forme pleine de détails. Egalement, une notion basique dans le monde du comic book : les hommes et les femmes ne se dessinent pas de la même manière.
En effet, vous pouvez rajouter autant de rides que vous le souhaitez sur vos personnages masculins, autant de détails sur leur peau, etc... que vous le voulez. Mais la peau des femmes reste, autant que possible, lisse. Les traits des hommes sont aigus, hachés, et vous pouvez vous lâchez sur les angles - ça ajoute de la virilité - mais les femmes sont toutes en courbes. et, si les muscles des hommes sont généralement clairement dessinés, ceux des femmes ne sont que suggérés.
Qu'on ne s'y trompe pas : le dessin se fait toujours majoritairement à la main, sur une table à dessin. Chez les pros (et ceux qui ont les moyens), la table est équipée comme il faut : des pinces pour la page, une règle coulissante, un cendrier et un porte-gobelet pour le café (je plaisante, mais ce serait cool pour moi).
Dans la plupart des cas, les dessinateurs travaillent sur du format A3 ou du double format A3 (il arrive qu'ils utilisent une double page pour une action), ou à peu près.
Moi je travaille soit sur du A4 rogné, soit sur des feuilles volantes ce qui me permet de dessiner une vignette au double ou au triple de sa taille finale, afin de mieux la détailler. Mais ça n'a pas que des avantages, notamment au niveau du scanner.
En outre, la page est toujours annotée avec : le numéro de l'album, son titre, le numéro de la page, le nom du dessinateur, celui de l'éditeur, etc... L'idée est de ne pas se planter plus tard.
Et, là, c'est le moment de vous défoncer. Si les professionnels travaillent vite, vous pouvez prendre le temps que vous voulez. Le crayonné d'une page me prend généralement huit à dix heures, à titre d'exemple.
Mais le dessin ne se fait pas tout seul, et beaucoup de gens ont leurs bêtes noires : les yeux, les mains... Dans mon cas, ce sont les pieds et les chaussures.
Mais vous pouvez trouver des astuces pour vous en sortir tout de même.
A titre d'exemple, manière de commencer votre dessin, Consiste à mettre en valeur les points d'articulation de vos personnages et en dessinant leurs visages à partir d'un simple oval. Je ne suis pas très fan de ces techniques, bien qu'il m'arrive parfois d'utiliser la première. Mais je commence généralement le dessin d'un personnage par ses yeux. Leur orientation et leur positionnement déterminent à la fois la position finale du personnage ainsi que l'angle général du décor de la vignette.
Cependant, n'oubliez pas que la première chose qui prime est la réalité anatomique. Vous pouvez parfaitement boursoufler vos personnages avec leurs propres muscles, mais à condition de leur adjoindre d'autres personnages plus normaux.
Mais, quelques éléments de base : autant que possible, affinez vos traits, ce sera important pour l'encrage. Gommez les imperfections, etc... Et ne remplissez pas les zones noires. Un grand espace blanc avec au centre la simple mention "Nr" ou "Bl" suffit. Et n'oubliez aucun trait. Votre dessin doit être aussi précis que possible.
Comme je l'ai déjà dit, le dessinateur et l'encreur ne sont que rarement la même personne. Or, le second travaille sur le dessin : il ne créée pas et ne peut imaginer ce que le dessinateur avait en tête.
L'important, aussi, est de ne pas oublier les détails : ce sont eux qui feront votre dessin qui, basiquement, se résumera à une forme pleine de détails. Egalement, une notion basique dans le monde du comic book : les hommes et les femmes ne se dessinent pas de la même manière.
En effet, vous pouvez rajouter autant de rides que vous le souhaitez sur vos personnages masculins, autant de détails sur leur peau, etc... que vous le voulez. Mais la peau des femmes reste, autant que possible, lisse. Les traits des hommes sont aigus, hachés, et vous pouvez vous lâchez sur les angles - ça ajoute de la virilité - mais les femmes sont toutes en courbes. et, si les muscles des hommes sont généralement clairement dessinés, ceux des femmes ne sont que suggérés.
La création d'un comic book (part 3)
Bien... Passons un peu au côté pratique de la chose.
Qu'on le veuille ou non, outre l'étape du scénario (qui fera sans doute l'objet d'un autre tuto), le première étape graphique d'un comic book se fait avec un crayon et du papier.
Le premier brouillon n'est là que pour préparer la mise en page et agencer autant les actions que les dialogues. Il serait stupide, à l'issue des 22 ou 24 pages, de se rendre compte qu'on a oublié une ou deux vignettes...Pour mieux voir, imaginons une vignette d'un épisode de Superman. Ne cherchons pas trop, le style du personnage est déjà tellement défini que tout va aller avec facilité. On ne travaille pas le personnage, on ne cherche pas à rendre le dessin beau ou stylé.
Et ça se fait sur le format de base des comics, soit 17x27cm. Plus facile pour se rendre compte de la taille de sa page.
Normalement, cette étape ne prend pas plus de trois minutes par vignette... Mais faites attention à laisser de la place entre deux vignettes, à penser aux bulles de dialogues, etc...
Ce n'est pas obligatoirement le dessinateur final qui s'occupe de cette tâche ; n'importe qui peut le faire. Sur la série Haunt, par exemple, Greg Capullo se charge des brouillons que Ryan Ottley transformera en dessin. Il faut savoir que, outre Haunt, chacun des intervenants travaille sur une ou plusieurs autres séries. Ryan Ottley dessine sa propre série : Invicible. Robert kirkman, scénariste, travaille sur Savage Dragon (qu'il écrit et dessine) en plus d'écrire Haunt et Invincible. Todd McFarlane encre Haunt, Spawn (qu'il co-écrit) et encre également Image United, etc... Beaucoup de boulot, donc.
Mais, si vous n'avez qu'une seule série en cours (la bonne blague), vous pouvez le faire tout seul. Moi je demande à mon chat, et c'est pas génial. Bref, mon idée donne ça, en brouillon :
Ah, je vous avais dit que c'était moche, hein. Si vous arrivez à un résultat meilleur que celui là, c'est que vous avez perdu du temps (ou alors que vous êtes un génie incapable de faire du mauvais, ce qui est cool aussi). L'important est que vous compreniez le sens de votre brouillon.
Une autre précision importante : le dessinateur à aussi son mot à dire. Chacun a ses aptitudes, les trucs qu'il peut ou non dessiner, ce qu'il aime ou non dessiner, ou ses propres idées. Il peut donc influer sur le scénariste autant que sur le brouillon, etc. Mais pas trop non plus : une bd signifie qu'il y a une trame générale, et qu'il faut donc s'y tenir.
Bref, passons à la suite.
La création d'un comic book (part 2)
Superman par Jack Kirby - couleurs par Steve Rudko. Bien que datant d'avant sa période Marvel, on reconnait le style plus "racé" du nouveau comic book.
Les artistes, dès les années 60, disparaissent totalement derrière leurs oeuvres. Les créations ne leur appartiennent pas, mais dépendent du groupe. Leurs dessins sont estampillés Marvel ou DC, conservés dans ces gigantesques usines à pointage que deviennent les éditeurs de comics. Pire, ils sont payés à la page, et doivent parfois travailler sur deux ou trois séries en même temps pour pouvoir vivre. Les syndicats sont interdits, celui qui râle est renvoyé - ou moins bien payé. C'est sans doute ce qui fait que Lee, Kirby et Steve Ditko créèrent les dizaines de personnages et séries qu'on leur reconnaît (bien que cette notion fasse encore débat).
Les choses ne bougeront plus durant une bonne trentaine d'années.
Des centaines d'artistes passent par Marvel ou Dc, dont certains parviendront à se faire un nom en devenant indépendants. Des gens comme Franck Miller, John Romita (Sr et Jr), Todd McFarlane, etc...
Le nouveau schisme viendra d'eux : passionnés de dessin et de comics avant tout, ils se laissent un temps enfermer dans ces énormes rouleaux compresseurs (qui rachètent les quelques publications indépendantes qui sortent, comme Vertigo et autres), le temps d'imposer leur propre style et d'apprendre.
C'est ainsi que Franck Miller dessinera un temps DareDevil et X-Men chez Marvel avant de rejoindre DC pour un coup d'éclat avant de claquer la porte : The Dark Knight.Il y reviendra cependant en dans les années 90 et 2000 avec une position de "guest star" pour dessiner ou scénariser notamment les séries "All Star Batman et Robin" (qu'il écrit, le dessin étant, excusez du peu, de Jim Lee), ou pour faire des couvertures. On le verra donc sur des Jurassic Park (Vertigo-Dc Comics), par exemple.
Mais sa rancoeur est toujours présente, comme en atteste l'édito qu'il écrivait en 1992 sur le premier album de Spawn, conçu, édité et dessiné par Todd McFarlane, ancien de Marvel.
Justement, le style graphique change grâce à McFarlane. Finis, ces styles "sages" encore présents dans les années 1980. Mc Farlane torture et déchire ses personnages, autant graphiquement que scénaristiquement. Il fera de SpiderMan un personnage ultra-violent, à la limite du morbide, jusqu'à créer Venom.
Avec McFarlane et la nouvelle génération qui l'accompagne - Greg Capullo, Marc Silvestri, Phil Gimenez... - on quitte la bd pour entrer dans un style plus ouvertement graphique, lorgnant presque du côté du cinéma.
Venom par Todd McFarlane
Une image de Spawn #195 dessinée et encrée par Todd McFarlane.
Chez Image Comics, le copyright appartient au créateur, le dessin au dessinateur, etc... Ils sont syndiqués, possèdent souvent des parts dans la société... L'inverse de Marvel ou DC, quoi. Et ça fonctionne.
Un nouveau style de création des comic books, donc, qui laisse la porte ouverte aux créateurs plus qu'aux financiers.
Et le futur?
Qui peut le dire...? Spawn atteint bientôt sont 200ème numéro sans changer sa ligne éditoriale - malgré une baisse de popularité sur quelques numéros - Marvel et DC multiplient leurs publications, motivés par les récents succès au Box-Office de leurs adaptations... Ceci en un temps record. On voit fleurir de plus en plus de comics directement illustrés sur ordinateur, parfois en images de synthèses... Par chance, beaucoup d'artistes continuent leur travaille à la main, avec un bon vieux Rötring. Pas forcément un genre de bd à deux vitesses mais, ce qui est certain, c'est que beaucoup de changement viendront encore, pour le meilleur ou pour le pire.
La création d'un comic book (part 1)
Hop! Comme promis, je profite de ce merveilleux instant où je me réveille et où je me rends compte que je devrais commencer le coloring de ma nouvelle page pour me lancer dans ce tutoriel. Je ne sais pas encore s'il sera long ou pas, mais je vais essayer de vous expliquer un peu pourquoi le comic book est un genre à part dans la bd mondiale, comment il l'est devenu, et comment on y arrive.
Outre l'aspet historique, je vais essayer de vous montrer comment on réalise un dessin de comic, les manies du genre, les trucs à éviter, et comment font les pros dont je ne suis pas.
Pour ce faire, nous allons utiliser l'un des personnages les plus emblématiques du comic book mondial : Superman.
Superman, par Alex Ross.
Avant tout, je rapelle que Superman est une création de Jerry Siegel et Joe Shuster publiée par DC Comics.
Commençons par l'histoire du comic book.
Si certaines de ses grandes icônes sont apparues dès les années 1930, les comics sont apparus dès la fin du XIXème siècle. Le terme "comic" a, d'ailleurs, réellement la connotation "comique" qu'on lui prête.
Directement issus des "comics strips" qui paraissaient dans la presse de l'époque, il s'agissait d'histoires plus larges racontées sur un nombre de pages limitées (une vingtaine), publiées dans des revues un peu bas de gamme. On considérait à l'époque que la bande dessinée était un style pour enfants, et cette notion est restée pendant très longtemps.
Dès la fin des années 1920, avec des publications comme Detective Comics, on voit apparaître quelques super-héros - dont Superman ou Batman - dont le but premier est de faire rêver les enfants.
Publiées sur un papier-pelure de moyenne qualités et rapidement travaillées, ces bandes se veulent un apprentissage moral pour les enfants.
Superman par Joe Shuster, dans Action Comics #1, en 1932
Le succès aidant - Superman plaira rapidement autant aux enfants qu'aux adultes - plusieurs compagnies verront le jour dans les années 1950. Les deux principales, DC Comics (un rapprochement entre Action Comics et Detective Comics) et Marvel naîtront réellement dans cette période que l'on appelle l'Age d'Or.
Si Marvel s'efforce de créer des héros plus ou moins directement issus de la mythologie Grecque et plaît au puritanisme Américain ambiant, DC commence à tracer les grandes lignes de ce que deviendra le comic book dix ans plus tard : ils sont démocrates (on verra, en 1961, Superman et Kennedy se serrer la main), plus sombres (Batman et sa schysophrénie affichée) et, surtout, proposent un message particulier à leurs lecteurs : en pleine Guerre Froide, il n'est pas rare de voir Superman s'afficher auprès d'alliés Russes apolitiques, luttant ainsi contre un racisme politique et économique. Après tout, lui aussi est un étranger sur notre planète.
Graphiquement, le style change aussi. Il pert un peu de son côté "bd bébé" caricatural. Désormais, on recherche autant l'esthétique que la fluidité. Les dessinateurs ne sont plus là en dilettante : ils sont employés à temps plein, et sont généralement issus de grandes écoles d'arts graphiques. Outre un contrepied évident au style "ligne claire" initié en Europe par Hergé ou E.P. jacobs, il est aussi question de détail. On rattrape par le trait ce que l'imprimerie de l'époque perd en couleur. Pour la première fois, on travaille aussi à plusieurs sur une page : un dessinateur, un coloriste et un lettreur oeuvrent pour publier 25 pages de grande qualité toutes les deux semaines.
Il y a du bon et du moins bon, voire carrément du mauvais, dans cette période. Mais un nouveau changement se profile dès les années 60, avec l'arrivée de l'un des duos les plus célèbres du comic book : Stan Lee et Jack Kirby. A eux deux, ils sont les créateurs des trois quarts de l'écurie Marvel.
C'est là que naîtront les X-Men, le Silver Surfer, Spiderman, etc... Enfin, Marvel se lance dans des histoires un peu plus sombres.
Aussi, on voit les premiers cross-overs de l'histoire, une bonne chose issue d'une mauvaise.
Car la rupture la plus complète avec le passé est celle-ci : le comic book devient une véritable mane financière, une poule aux oeufs d'or. Pas cher à l'achat, des millions d'albums sont vendus chaque semaine.
Et ce sont les artistes qui en paient le prix.
dimanche 20 juin 2010
Skinner (suite)
Comme ça fait quelques temps que je n'ai plus rien posté, voila une moitié de la page 19 encrée. J'avoue que je m'amuse avec ma pin up, finalement bien moins défigurée que je ne l'avais prévu à l'origine.
Je me lancerai aussi, dans quelques temps, dans un tuto sur la création professionnelle d'une vignette de comic book. Bizarrement, il y en a plein le net pour les mangas, mais pas pour les comics. Une manière de voir les dizaines d'options qui s'offrent à chaque étape pour les dessinateurs, encreurs, coloristes ou lettreurs.
En attendant, amusez-vous bien avec ma Barbie, bande de petits cochons.
vendredi 4 juin 2010
The Skinner (suite)
La première vignette (qui prend la moitié de la place) de la page 16 - eh oui, seulement.
Un léger changement dans le traitement graphique : les dessins son vectorisés sur Illustrator, et je me mets enfin à Potoshop pour les couleurs.
Je ne les ais pas trop lissées, quand même, pour continuer à peu près dans la lignée des pages précédentes. On verra les grosses améliorations dans l'épisode 2 ou pour la couverture.
En attendant, le personnage pas encore colorisé est un Inquisiteur nommé Reaper, et le "villain" de la bd. Il porte le même style de cape que les gardes prétoriens de la Rome antique, et sa tenue est inspirée du kimono des pratiquants de kendo. Le boutonnage de côté rappelle la tenue des gradés nazis, et son grade (commandant) est symbolisé par les dessins sur son casque. Tout pour en faire un type sympathique, quoi.
Sinon, pour ceux que ça intéresse, l'hélicoptère est un Sikorsky HH-60 SeaHawk des U.S. Coast Guards modifié : j'ai rajouté un système de circuits d'alimentation sur le toit et un réservoir sur le flanc. Je l'ai aussi dépouillé de la vitre de pied qui normalement se trouve sur le côté du nez, pour lui donner un air un peu plus massif. En en trouvera d'autres versions, militarisées, dans la bd.
A bientôt... :)
mercredi 19 mai 2010
The Skinner (suite)
Hop! Page douze en cours de peaufinage, et sans dialogues... Je commence vraiment à m'éclater, en particulier sur le "montage" des différents plans. En outre, je commence enfin à gagner du temps sur les couleurs, ce qui n'était pas gagné d'avance. La demoiselle à roulettes dans la vignette 3 n'a pas encore de nom.
mercredi 12 mai 2010
Skinner (suite)
Enfin, pour finir pour la nuit, voici un extrait - en cours d'encrage et de traitement - de la page 11 de Skinner.
La demoiselle est Vera... Un rêve (fantasme?) du héros monstrueux.
Ch'uis assez content de moi. :D
La demoiselle est Vera... Un rêve (fantasme?) du héros monstrueux.
Ch'uis assez content de moi. :D
L'Empire Contre-Attaque.
Toujours dans la même veine (je sens que je vais m'éclater, ce mois-ci, moi).
J'ai toujours adoré cette photo de Vador, souvent réutilisée.
Je rêvais, à une époque, de dessiner une bd adaptée de l'univers, mais les dessins de Jan Durseema - en particulier sur les dix volumes de Clone Wars et Legacy - m'en ont dissuadé : devant un tel dessinateur on ne peut qu'admirer, et non fantasmer.
J'ai toujours adoré cette photo de Vador, souvent réutilisée.
Je rêvais, à une époque, de dessiner une bd adaptée de l'univers, mais les dessins de Jan Durseema - en particulier sur les dix volumes de Clone Wars et Legacy - m'en ont dissuadé : devant un tel dessinateur on ne peut qu'admirer, et non fantasmer.
Quand on attaque l'Empire...
A défaut de poster de nouvelles pages (pourtant elles sont là) de "Skinner", je me suis amusé toute la journée sur ce petit "comic-hommage". Ben oui, le 21 mai prochain on fêtera les 30 de ce qui reste reconnu comme le meilleur second épisode de l'histoire du cinéma (c'est pas rien), loin devant... Ben tous les deuxièmes épisodes faits (oui, bon, ça va...).
C'est aussi mon film préféré dans la saga, donc ça valait bien un petit dessin... et en couleur, pour changer.
C'est aussi mon film préféré dans la saga, donc ça valait bien un petit dessin... et en couleur, pour changer.
jeudi 29 avril 2010
The Skinner (suite)
Hop! Pages 6 et 7...
Sans dialogues, mais avec, pour la première fois, la tronche de Skinner. Il est pas meugnon? :D
Sans dialogues, mais avec, pour la première fois, la tronche de Skinner. Il est pas meugnon? :D
dimanche 25 avril 2010
vendredi 23 avril 2010
The Skinner (suite)
Hop! Page 4 du Skinner...
Mon appréhension des lumières et des ombrages s'affine, je commence à être à peu près fier de moi. :)
Mon appréhension des lumières et des ombrages s'affine, je commence à être à peu près fier de moi. :)
samedi 17 avril 2010
The Skinner
Comme promis, voici les trois premières pages du petit projet sur lequel je bosse à temps perdu en ce moment. Bon, ce n'est pas du Jim Lee ni du Greg Capullo, mais j'essaie de faire pour le mieux (en essayant aussi de passer moins de trois jours par vignette). Le plus dur, pour moi, étant la mise en "couleurs".
Ca s'appelle pour l'instant "The Skinner", à voir si le titre évolue ou pas.
La suite arrive bientôt...
Ca s'appelle pour l'instant "The Skinner", à voir si le titre évolue ou pas.
La suite arrive bientôt...
jeudi 15 avril 2010
Ebauche
En "exclu", une petite ébauche du projet sur lequel je travaille en ce moment, et dont vous pourrez profiter dans les prochains jours.
J'aime bien ce type de pose un peu "Spidey", à la fois dynamique et esthétique.
J'aime bien ce type de pose un peu "Spidey", à la fois dynamique et esthétique.
dimanche 11 avril 2010
Who to Train your Dragon
Juste comme ça, et parce que j'ai été voir le film cet après-midi (et que je l'ai adoré), un (tout) petit fan-art de Dragons...
samedi 10 avril 2010
La Seconde Renaissance
Celle-ci date de février 2006... Et c'était un essai. Je venais de finir l'intégrale de H.P. Lovecraft, et son style m'avait beaucoup plu... Je commençais donc à le lire en anglais, tout en écrivant cette petite nouvelle qui, donc, a été la première que j'ai écrite dans ce style (ce qui explique aussi la longueur de certaines phrases et le style plutôt ampoulé).
Désolé s'il reste quelques fautes de frappe...
Désolé s'il reste quelques fautes de frappe...
LA SECONDE RENAISSANCE
Je sais, à présent, ce qu’est l’horreur. Cette chose, innommable et glacée, qui hante les souterrains lugubres de la terre et de notre inconscient.
Plus jamais je ne fermerai les yeux.
Plus jamais je ne fermerai les yeux.
J’ai toujours été attiré par le surnaturel, ou ce que les gens prennent pour, et je sus très tôt que chaque village abritait jalousement ses macabres légendes.
Lorsque nous décidâmes, mon ami Karl Derry et moi-même, de nous rendre au village de Old Tribes, c’était en pleine connaissance de cause. Selon un obscur et persistant mythe, l’endroit semblait, tous les ans, vingt-quatre heures durant, réveiller les abominations damnées qui y dormaient.
Durant ces vingt-quatre heures, toute vie semblait disparaître.
Nous appelâmes diverses autorités du village pour, à chaque fois, entendre la même réponse, dont une solide habitude commerçante cachait mal la terreur sourde : « il n’y a rien d’anormal dans notre village, Monsieur. »
Il se passait, en réalité, quelque chose ; les gens avaient peur, et ce simple fait suffisait à nous chauffer le sang et à nous exciter.
Nous décidâmes donc de nous y rendre. Nos recherches, étalées sur tout le comté, avaient bien avancées, et la date prévue pour nos expériences approchait.
Nous partîmes rapidement, prenant comme affaires le maximum que pourrait supporter la vieille Renault Onze de Karl, sachant que nous pourrions trouver le reste sur place. Nos recherches indiquaient que plusieurs personnes, sur les quinze ou vingt années précédentes, avaient eu à souffrir, de près ou de loin, de la « malédiction » d'Old Tribes, et nous pensions que ce phénomène avait dû finir par être monté en épingle par les habitants superstitieux.
Les trains ne desservent qu’en été, période touristique, le village. Le reste du temps, la voie ferrée et la petite gare se recouvrent d’herbes folles et de racines aux formes squelettiques.
Il neigeait, lorsque nous atteignîmes, non sans nous être perdus, Old Tribes. Nous vîmes que ce paysage ressemblait aux collines d’Irlande, avec sa lande rouillée, et ce marais d’où s’échappaient de petits arbres rabougris, tels des mains priant les Cieux. Les eaux morbides de ces marais exhalaient une âpre odeur de putréfaction, ainsi que des vapeurs sombres, montant en arabesques souples vers les nuages.
Une pierre dressée, comme l’un de ces petits menhirs bretons, indiquait l’entrée de ce village qui n’en était pas vraiment un. Il s’agissait, en effet, d’un hameau construit là par des notables du XVIème siècle. C’est à cette époque que remontaient nos premières archives. De fait, plusieurs petites habitations avaient été ajoutées là jusqu’au XXème siècle. Elles s’accrochaient, pauvres, aux demeures gothiques qui couraient sur trois rues pavées, se rejoignant à l’église, l’une des plus belles et majestueuses que je vis.
La route nationale sinuait à travers le marais et la lande, jusqu’aux villes et villages alentours, dont le premier était à plus de trente lieues. Nous pouvions entendre le reflux sourd de l’océan, qui venait se briser sur les falaises abruptes, de l’autre côté.
Les gens du comté ne sont pas parmi les plus accueillants ; bourrus et incultes, le regard barbare. Ainsi, ce fut par un grognement presque animal que nous accueilli le patron de l’unique hôtel du village. C’était une immense bâtisse, gothique comme les autres, qui semblait, par bien des aspects, isolée au moyen-âge. La mention « satisfaire les vacanciers » était inscrite sur un panneau de bois au-dessus de la réception, et pendait lamentablement.
Mais nous n’étions pas des vacanciers, et cela se voyait ; la Renault Onze de Karl débordait d’instruments scientifiques, de moniteurs et de divers objets que ce brave homme ne connaissait sans doute pas.
- Nous nous sommes égarés, lui mentis-je comme il regardait d’un air soupçonneux notre chargement.
Nous finîmes par avoir nos chambres, et y montâmes le matériel.
Karl était exténué et, alors que la nuit tombait, il décida de s’isoler pour faire un somme.
Il était l‘un des hommes les plus forts et robustes que j’ai connus. Immense, avec ses cheveux blonds coupés en brosse, sa tête semblait soutenue par un cou et des épaules qu’on aurait dis empruntés au Minotaure des mythologies antiques. Il était pourtant d’une grâce infinie, le regard vif et l’intelligence aiguisée.
Laissant mon ami dormir, je redescendis au bar de l’hôtel, en vue de commander un cognac. Je n’avais rien bu de la journée, et la tête commençait à me tourner. L’alcool m’aidait à garder les idées claires. J’en avais besoin, que ce fut ou non une faiblesse. Karl me voyait comme un malade et, bien qu’il n’en parlât jamais, je savais qu’il voulait m’aider. C’était ainsi depuis le départ de ma femme, dont je gardais l’alliance au doigt, comme pour un deuil infini.
Ce fut la fille du patron, une belle jeune femme nommée Marie, qui me servit.
Je lui dis qui j’étais, ce que je faisais. Je lui racontai que je connaissais le monde, que je l’avais arpenté.
Je lui dis qui j’étais, ce que je faisais. Je lui racontai que je connaissais le monde, que je l’avais arpenté.
Ses grands yeux me suppliaient de l’emmener, de la libérer.
Nous discutâmes finalement longuement, et elle éluda soigneusement toutes les questions que je pus lui poser au sujet de son village. Elle était d’une intelligence fine, et je la fis rire. Je pense même être parvenu à la faire rêver, juste un peu.
A la fin, et alors que nous avions tous deux bu plus que de raison, elle m’accompagna jusqu’à ma chambre, au quatrième étage. Je l’invitai à entrer.
Nous fîmes l’amour et, Seigneur!, je crus revivre. Je voyais son visage, ses yeux, et elle m’aimait!
Qu’étais-je pour elle? Que vit-elle en moi? Encore aujourd’hui, je ne le sais pas.
Nous nous endormîmes bientôt, l’un contre l’autre, plus ivres de l’amour que nous avions fait que de l’alcool.
Pour la première fois, je laissai mon alliance glisser de mon doigt, et tomber sur le parquet abîmé, et sa résonance fut comme une libération.
Je ne sais quelle heure il était, lorsque Karl, par ses cris, m’éveilla ; il faisait encore nuit. Je me levai d’un bond, et couru jusqu’à sa chambre, qui était en face de la mienne et donnait sur la lande enneigée.
Je le trouvai à demi-nu, sautillant devant la fenêtre, s’arrêtant parfois pour prendre des photos à l’aide de son vieux Minolta. La lumière était éteinte, mais il me semblait y voir comme en plein jour.
- Regarde, s’écriait-il, excité. Approche. C’est magnifique!
Je m’avançai et vis.
Par un terrifiant prodige, la neige sur la lande avait fondu, bien que les flocons tombassent toujours.
Le marais tout entier luisait d’une lueur bleutée, les arbres morts et les racines noueuses brillant d’un éclat laiteux.
Bientôt, je remarquai que l’onde sale d’où provenait cette magie semblait palpiter, telle un cœur, à intervalles réguliers.
J’avais l’impression de contempler la poitrine vibrante d’un monstre aux proportions inhumaines, comme ces Géants qui peuplent aujourd’hui les livres religieux et les mythes.
Nous passâmes la nuit à photographier, analyser, filmer et dessiner l’étrange phénomène, sans en percer la signification.
La lumière disparut finalement peu avant l’aube grise, mais nous ne retournâmes pas nous coucher.
Nous n’avions plus sommeil.
Lorsque je retournai dans ma chambre pour m’y habiller, je constatai que le lit était vide. Quand Marie avait-elle quitté la pièce? Etait-ce durant mon sommeil, ou bien après, tandis que j’examinais avec Karl la lande étrange? Je n’en savais rien, et un sentiment d’abandon m’envahit. Une boule vint grossir dans mon ventre, et mon cœur, saisi d’une sourde panique, se mit à battre plus fort. Après l’espoir de ses regards, de ses caresses et de ses mots, j’étais à nouveau seul.
Sans pouvoir dire pourquoi, je me sentais trahi, malheureux.
Je m’habillai finalement, et descendis au bar. Il fallait que je boive quelque chose.
Elle y était, aussi fraîche et belle que la veille lorsqu’elle m’avait accueilli. Mais son regard avait changé. Plus sombre, la peur semblait s’être ajoutée à la tristesse, et l’amour en avait disparu. Elle me vit et, sur le même ton neutre et traînant que la première fois, me demanda si je souhaitais un café. Je répondis par l’affirmative, et m’assis au bar, devant elle.
Elle me servit, sans un regard ni un mot, avant de disparaître dans le local de service. Je me sentais désemparé, ne sachant que lui dire, ne sachant que faire.
Elle revint bientôt, et je vis que quelque chose avait changé en elle, comme une indéfinissable transformation physique, que je me hâtai d’oublier, car mon cœur se mit à cogner, plus fort que jamais.
Elle s’approcha de moi, et je sentis son souffle sur ma joue, comme le baiser d’une brise tiède et délicate.
- Ne sortez pas aujourd’hui, murmura-t-elle à mon oreille. Ca a commencé.
Je la regardai, sans comprendre, le souffle coupé, mais elle retourna à ses affaires et je ne la revis plus.
Je la regardai, sans comprendre, le souffle coupé, mais elle retourna à ses affaires et je ne la revis plus.
Bien que ce que m’avait dit Marie me comblait d’effroi, et me sentant par avance ridicule, je confiai cette phrase à Karl. Il rit, puis haussa ses massives épaules. Il avait prévu de partir étudier le marais et la lande alentour, et ne souhaitait pas s’embarrasser de mes peurs superstitieuses.
Je ne lui dis rien au sujet de mon aventure avec la jeune femme, et l’aidai à préparer le matériel dont nous aurions besoin. Tous les commerces du village étaient fermés sans explication, et les gens se tapissaient derrière les vitres sales, terrifiés. Nous prîmes un petit déjeuner copieux, servi par le patron, et partîmes vers les dix heures, laissant la Renault où elle était.
La lande était calme, et ce silence n’était rompu que par le bruit assourdi des flots bouillonnants contre les falaises.
Armés de notre équipement scientifique, nous arrivâmes au bord du marais, crasseux et puant, dont l’eau noire nous renvoyait nos images déformées. Karl était enjoué, transporté par ce que nous avions vu la nuit précédente. De mon côté, je sentais mon esprit paralysé entre la raison et une indicible terreur, sans pouvoir en expliquer la raison.
Karl regarda machinalement sa boussole, et se mit à rire.
- Voilà qui est intéressant, dit-il en me la donnant. Il semble que nous ayons perdu le nord.
Dans ma main, je voyais l’aiguille fébrile tourner dans un sens et dans l’autre, à toute vitesse.
- Le GPS nous a également perdus, remarqua-t-il en posant l’objet sur le sol. Nous ne sommes plus sur terre. Ce qui est impossible, évidemment.
Mais j’avais effectivement l’impression d’être ailleurs, sur quelque planète hostile et maléfique des confins de l’éther. Les arbustes et les racines me donnaient l’idée de n’être que les membres visibles de quelque abomination surnaturelle. Je me retournai vers le village afin de trouver du réconfort, mais ce semblant de civilisation gothique accentuait encore mon désarroi. Je me sentais vidé de toute vie, prisonnier de ce pays dramatique, de ce lieu que nulle poésie n’aurait pu rendre beau.
- Prends la température de l’eau, fit Karl en me tendant le thermomètre étanche.
- Elle ne doit pas être à plus de un ou deux degrés, assurais-je, regardant la neige qui tombait autour de nous.
- Vérifie.
Il me lança l’un de ses sourires qui indiquaient qu’il savait quelque chose qui m’était encore inconnu. Ou qu’il devinait.
Je plongeai le thermomètre dans l’eau noire, et ne l’en ressorti que quelques minutes plus tard.
- Presque trente-huit degrés, lus-je, éberlué.
- Bien. Karl nota l’information sur son petit calepin, avant de s’exclamer ; c’est fantastique! Cet endroit est magnifique!
Nous continuâmes ainsi durant plus de deux heures. Karl semblait le plus heureux des hommes, jouant avec l’innommable comme l’aurait fait un enfant, ne se relevant que pour rire ou pousser une exclamation, mi surprise, et mi amusée.
Je me sentais perdu, seul, me demandant quelle ignominie pouvait bien vivre, tapie sous nos pieds. Ainsi, je laissai vagabonder mes pensées vers cette nuit, la plus belle de ma vie, m’isolant dans les odeurs, contre la peau chaude de celle que j’aimais déjà. Elle était ma bouffée d’air pur dans cet environnement méphitique et austère.
Quelque chose nous fit soudain nous arrêter.
Karl venait de relever que cette eau possédait un PH absolument neutre, lorsque nous perçûmes le bruit.
C’était un grondement sourd, semblant venir de sous nos pieds, comme un immense et terrifiant soupir.
Puis la lande tout entière se mit à vibrer et nous vîmes, )à la surface du marais, de fines rides se dessiner.
La plaine était sur le point de s’éveiller, ce qu’elle fit.
Il y eut un gigantesque craquement, comme si la lande s’était mise à hurler, et le sol se déchira. De longues craquelures, parfois larges d’un pouce, apparaissaient dans la terre meuble, et cette onde concentrique se propageait depuis le lieu où nounous trouvions.
Il y eut une secousse, si violente qu’elle nous projeta sur le sol, au milieu de nos instruments.
De partout, des volutes sulfureuses, semblant venir du fond brûlant e la planète, montaient vers le ciel gris, nous piquant les yeux.
Il y eut une nouvelle secousse, moins forte, mais qui me terrifia.
- Nous devrions rentrer, dis-je à Karl de ma voix la plus assurée.
- Je le crois aussi.
Je ne pense pas que Karl ait eu peur, mais bien que ce phénomène l’impressionna au plus haut point. En réalité, je pense qu’il s’amusa, durant ce qui fut pour moi une traumatisante expérience.
Comment aurions-nous pu imaginer? Et comment, encore, aurions-nous pu prédire l’atroce destinée qui nous attendait tous deux?
Nous rentrâmes le plus vite possible, nous retenant à chaque pas de nous mettre à courir. La lande, derrière nous, gémissait encore, et vomissait ses vapeurs âcres.
Elle était vivante.
En arrivant à l’hôtel, nous fûmes surpris par l’accueil du patron ; nous semblions, en effet, le terrifier, et ne le vîmes plus de la journée.
Nous déjeunâmes dans la chambre de Karl, sans être capables de dire qui, de Marie ou de son père, avait déposé nos plateaux devant la porte.
Je n’avais pas faim, et me contentais d’écouter mon ami exposer les relevés qu’il avait eu le temps de faire.
- Je n’ais jamais vu une telle concentration de protéines, dit-il. Et le taux de chlorure et de nitrates est exceptionnellement bas!
- Oui, dus-je répondre, absent. C’est bien.
- C’est totalement improbable, explosa-t-il. Impossible! Nous nous trouvons dans une région d’agriculture intensive et le taux de nitrates devrait, normalement, être plus élevé que n’importe où ailleurs!
Je lui répondais qu’il avait raison, et retournai à mes pensées.
Par la fenêtre, la lande grise que contemplait Karl était retournée à son état amorphe, uniquement troublée par une légère brise froide.
- Il y a une explication, fit-il songeusement.
Plus tard, alors que je m’assoupissais dans le fauteuil de mon ami, j’entendis de légers coups portés à ma porte, de l’autre côté du couloir. Une voix fine m’appelait.
Abandonnant Karl à ses hypothèses, je me ruai dans le couloir.
Je m’arrêtai, extatique, à quelques centimètres d’elle, le cœur battant devant son aimable beauté.
Elle regarda autour de nous, soupçonneuse, puis m’invita à entrer.
Nous étions assis sur le lit, si proches et si lointains l’un de l’autre. Je sentais son parfum, et il me donnait envie de l’embrasser, de la serrer contre moi, de la protéger ; je voulais l’aimer encore. Elle était un Ange tombé du Ciel, venu m’aimer pour une nuit, pour un moment. J’avais aimé. J’avais été aimé, et elle m’avait plus donné en cette nuit qu’en toutes. Je savais que, jamais plus, je ne serais heureux. Mais je m’en moquais. Quel plus beau cadeau la vie aurait-elle pu me faire?
J’avais été plus heureux que jamais.
Elle finit par rompre le silence, cette miséricordieuse contemplation.
- Vous n’auriez pas du sortir, dit-elle en plongeant son regard dans le mien. Les gens ont peur, ici. Et ils ont peur de vous, maintenant.
J’espérais qu’elle m’en dirait plus que la veille, et lui demandai pourquoi, ce qui leur faisait peur.
- La peur. Ses yeux s’agrandirent. La peur elle-même ; le Léviathan endormi!
La voix de son père l’appelant monta jusqu’à nous, et elle sursauta.
- Ne sortez pas ce soir, dit-elle en sortant. Promettez-le moi!
Elle ferma la porte avant que je ne pus dire un mot, et je formulai intérieurement cette promesse. J’entendis ses pas s’éloigner dans le couloir, puis dans les escaliers. A la fin, il n’y eut plus que le malstrom de mes pensées. La simple évocation du nom de Léviathan me donnait la nausée, et je ne pus m’empêcher de pleurer. Pour un croyant, le monstre marin des Phéniciens était la Mal absolu, l’Horreur même.
Je sanglotai de terreur, mettant de longues minutes à me calmer.
Je descendis plus tard, et décidai d’aller à la chapelle de l’hôtel avant de me rendre au bar.
Grande, elle semblait n’avoir pas servi depuis sa construction, au XVIème siècle, tant la crasse et la poussière s’étaient amoncelées dans tous les recoins.
Sur les murs de pierre noire, de grotesques bas-reliefs semblaient représenter des Saints qui m’étaient inconnus. Certains chevauchaient d’immondes créatures, comme sorties des tableaux d’un Jérôme Boch, où des Enfers de Dante.
Plus loin, au-dessus de l’autel, se tenait un Christ en croix, rendu rouge-sang par la lumière qui lui tombait dessus depuis les vitraux. Il semblait hurler et ses yeux, révulsés, aux larmes noires, résonnaient de haine. Son corps tendu semblait prêt à se disloquer, son système nerveux rendu fou par la douleur.
Cet homme n’était pas mon Christ, aimant et charitable.
Je me demandais quels homme avaient bien pu bâtir ce lieu sordide, suintant du Mal, et la réponse me vint ; une secte. Ceux qui avaient créé ce village devaient vénérer une secte, satanique et morbide.
Je m’accroupis au milieu de ces figures impies, de ces orgies et sacrifices ignobles, et me mis à prier.
Je priai Dieu, Jésus Christ et la Vierge, tout d’abord, puis le Ciel et la Terre, comme me l’avait apprit mon grand-père, des années plus tôt.
Je priai les déesses fécondes des Anciens Temps de veiller sur Karl et moi, puis me relevai et, les yeux clos, sortis de la chapelle.
L’après-midi était bien avancée, lorsque je m’assis au bar.
Je n’avais pratiquement rien bu depuis deux jours, et ce que d’aucun aurait prit pour du courage revêtait pour moi l’apparence d’une malédiction.
Le patron me servit un whisky, et je le priai de laisser la bouteille. Combien de verres en bus-je avant de m’assoupir, je ne sais pas. La bouteille avait disparu, ainsi que l’argent que j’avais laissé, lorsque Karl m’éveilla.
J’ouvrai les yeux, l’esprit clair, et vis qu’il faisait presque nuit.
- Ca a recommencé, dit-il en me tirant par les épaules. Viens voir!
Je me levai comme je le pus, et suivis mon ami jusqu’à sa chambre. En arrivant près de la fenêtre, je m’aperçus qu’effectivement le phénomène avait reprit. Mais il était pourtant différent.
La couleur bleue avait été remplacée par un rouge vif, flamboyant et palpitant.
Toute la lande était en mouvement, rendue vivante par quelque surnaturelle abomination.
L’horreur me prit soudainement, car je la vis ; Marie courait, nue dans la lande hostile, vers le fond du marais qui grouillait à présent de vie. Elle se retournait par moments, comme pour s’assurer ne pas être suivie.
- Marie, hurlai-je à la fenêtre close. Non!
Sans y réfléchir, je me ruai sur la porte et m’engouffrai dans le couloir mort.
Je passai la réception, et atterris dehors, dans le froid mordant. Il s’était remit à neiger. Ignorant cela, je me remis à courir, suivi par le regard de haine des gargouilles plusieurs fois centenaires. L’odeur qui montait du marais était insupportable. La lueur pourpre me parvenait à présent et, dès que je fus entouré d’elle et de sa puanteur, je me mis à suffoquer et à tousser.
Marie m’apparaissait encore.
Je la perdais, la voyant fuir, loin de moi.
Puis elle disparut.
Criant son nom, j’accélérai encore ma course. J’avais envie de lui hurler combien je l’aimais, que j’avais besoin d’elle pour être vivant! Je repensai aux moments que nous avions passés ensemble, et cette joie qui sombrait dans mon cœur pour ne plus être qu’un souvenir.
Je finis par arriver à l’endroit où elle avait disparu, et m’arrêtai.
J’avais craint qu’elle ne se fut jetée du haut de la falaise, mais elle était encore loin, et le ressac n’était encore qu’un grondement assourdi.
Je la cherchai, l’appelant, ignorant les créatures noires qui grouillaient dans le marais, venues des tréfonds de la planète.
Soulevant une racine, je tombai dans un trou que je n’avais pas vu.
Je roulai, semble-t-il, sur plusieurs mètres, avant de m’arrêter contre une paroi de pierre et de roche. Il me fallu plusieurs secondes pour reprendre mes esprits. Mon corps était endolori, contusionné de partout ; je sentais du sang me couler dans l’œil depuis une large plaie au front. Mon nez et mon bras droit étaient brisés, et je gémissais de douleur.
De mon bras valide, je finis par prendre la lampe électrique, et éclairai la cavité. Le boyau dans lequel je me trouvai était juste assez étroit pour qu’un homme put y progresser à quatre pattes. Mais il semblait sans fin.
De l’obscurité me venait une plainte, assourdie par la distance, que j’attribuai à Marie.
Je me mis à avancer à l’aide de mon bras valide, la lampe entre les dents. Mon souffle était sifflant, et j’avais l’impression d’avaler du sang à chaque inspiration.
Au bout de plusieurs minutes ou plusieurs heures, je ne sais, je sentis le sol devant moi se mettre à descendre. Il était plus régulier, aussi, et l’immonde tourbe dans laquelle je pataugeais devenait de la roche.
Elle devint plus lisse, à mesure que je progressais, et le boyau se mua en un couloir, bas et étroit, taillé avec soin.
Des inscriptions m’apparurent, que je reconnus être des runes cunéiformes, gravées sur les murs, le plafond et le sol du couloir.
Les hurlements de Marie étaient de plus en plus effrayants, se ressemblant parfois à de stridents meuglements.
Ils atteignaient leur paroxysme lorsque je vis de la lumière dans laquelle je débouchai, réprimant un haut-le-cœur mêlé d’un cri.
Je me trouvais à l’entrée d’une immense salle, aux murs couverts d’inscriptions et de dessins de déesses noires, dont le plafond était soutenu par ce qui m’apparaissait être un millier de colonnes, ornées d’hideuses gargouilles.
De petits trous, presque identiques à celui d’où je sortais, avaient été creusés dans les parois, et d’immondes tentacules, ou bras, en sortaient, noirs et squameux, se tordant.
La salle entière était illuminée d’une lumière pourpre, presque sanglante, qui pulsait à un rythme lent. Les runes pâles, sur les murs, semblaient les veines de cet immense cœur.
Au milieu de cette salle se trouvait Marie.
Elle était allongée sur le dos, hurlant de peur comme de douleur, entourée de ces choses qui la maintenaient prisonnière.
Rendu fou de rage et de terreur par ce spectacle de cauchemar, je m’élançai. Les tentacules tentaient de m’attraper, mais je parvins à leur échapper. Mon bras me lançait douloureusement à chaque pas que je faisais, et m’arrachait des gémissements et des larmes.
Puis les hurlements cessèrent.
Je continuai à courir vers celle que j’aimais, dans le silence accablant. Elle était immobile, comme morte, et les créatures avaient relâché leur étreinte.
Puis je vis ce qu’elle tenait contre sa poitrine, et compris ce qui m’avait tant gêné cet après-midi là ; son ventre, gonflé, abritait la vie.
Le nouveau-né, informe, antinaturel, babillait doucement contre son sein, et je crus discerner des fines dents noires dans sa bouche mal dessinée. Marie pleurait.
Elle leva la tête vers moi. Son visage semblait celui d’un monstre, ses yeux noirs et sans âme me jugeaient avec cruauté.
- Regarde, hurla-t-elle d'une voix inhumaine. Regarde ton enfant! A demi homme et démon!
Puis elle rit, d’un rire suraigu qui me glaça le sang, et m’arracha des larmes.
- Pourquoi, implorais-je en approchant.
- Pour qu’il revienne! Le Léviathan! Son règne doit reprendre. Mais tu ne seras pas son père! Tu as échoué!
Ses hurlements me poignardaient, me donnaient envie de vomir, de mourir.
Dans un grand rire, elle souleva de terre le nouveau-né, comme pour le fracasser sur les dalles sombres, et je le saisis dans un mouvement, avant de me mettre à courir vers la sortie.
Marie se mit à hurler dans une langue que je ne connaissais pas, et les centaines de tentacules se remirent à vouloir m’attraper. Il y eut des grognements, puis je vis les créatures mêmes. Je ne me souviens plus de leurs formes exactes, mais les images qui me hantent sont celles de groins immondes, de dents acérées, de griffes et d’yeux allant à l’encontre même de toutes lois naturelles.
Je m’engouffrai dans le boyau, mon bras brisé tenant le nouveau-né en tremblant à cause de la douleur, tandis que je m’efforçais d’avancer le plus vite possible, poursuivi par les hordes immondes que me lançait Marie.
Je parvins à regagner l’extérieur ; Karl courait à ma rencontre, et ses cris, d’horreur ou non, je ne sais, furent la dernière chose que j’entendis avant de m’évanouir.
Je m’éveillai au milieu de la lande, transit de froid, le bébé pleurant contre ma poitrine. Je n’osais le regarder. La mémoire me revint lorsque je vis, près de moi, le cadavre déchiqueté et méconnaissable de mon ami. Ses yeux révulsés hurlaient l’horreur qu’il avait vécue, et qui l’avait tué. Près de lui était inscrit, en lettres de sang, le résultat de ses recherches ; « le marais est enceinte ».
Je pleurai, en rentrant à l’hôtel, dans la lande redevenue noire, et décidai de partir avant l’aube.
Détruit, malheureux, j’avais envie de mourir.
Presque un an a passé, et il neige. Le bébé est dans sa cage d’acier, près de moi. Je n’ose l’approcher, car d’immondes griffes lui ont poussé, que je n’ais pas la force de couper. Je l’entends mâcher avec appétit un rat qu’il a attrapé plus tôt. Je sais qu’il m’observe, moi aussi, avec envie. Moi, son père. Et un jour, ce sera mon tour.
Plus jamais je n’ais été heureux, depuis cette nuit où elle m’a tout donné. Plus jamais je n’ai souri.
Sur la table, mes affaires sont prêtes. Je n’ai presque rien pris, un simple fusil. Je m’apprête à finir une nouvelle bouteille d’alcool. Je n’ai plus que ça.
Tu m’as appris l’horreur, l’amour. Je ne veux plus être malheureux.
Je viens te retrouver, Marie. Et nous serons une famille, enfin.
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